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 François-Xavier Garneau (1809-1866) Louise BURNS. IV

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James
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MessageSujet: François-Xavier Garneau (1809-1866) Louise BURNS. IV   Sam 15 Juin - 21:59

IV

« Un soir on entendait dans ce manoir antique
« Des pas sourds, cadencés, une douce musique;
« Puis un bruit prolongé de rires et de voix
« Qui réveillaient l'écho silencieux des bois.
« Les fenêtres semblaient rayonner de lumière;
« Les flots du Saint-Laurent dans leur pente légère
« Brillaient comme un miroir qu'embrasent mille feux,
« Et leur reflet dorait les nuages des cieux.
« L'on fêtait en ces lieux une grande victoire,
« Dont toi-même, Edouard, tu partageas la gloire.
« Cent beautés y brillaient, et leurs traits souriants,
« Sous leurs longs cils archés leurs yeux noirs, languissants
« Étincelaient de grâce, et partout leur sourire
« Répandait dans les coeurs la joie et le délire.
« L'on vantait tes exploits, on chantait les vainqueurs;
« Ton vieux père à ton nom, d'orgueil versait des pleurs...
« Mais un bruit tout-à-coup frappe la salle immense.
« Ah ciel! là-bas, là-bas, un spectre qui s'avance!
« Tous les yeux sont tournés au sommet du côteau
« Que la lune effleurait derrière le château.
« L'oeil attaché sur lui la foule s'est pressée,
« Muette de frayeur elle reste glacée.
« Je sens encor mon sang remonter vers mon coeur.
« Ses yeux étaient hagards; une sombre pâleur
« Sous ses cheveux épars régnait sur son visage;
« Mais sa voix était douce et semblable au feuillage
« Qu'agitent mollement les zéphirs du matin.
« De son linceul vers nous il éleva la main.
« Et sa parole alors suave, mais tremblante,
« Porta jusqu'au festin sa plainte gémissante;
« Et l'écho de la nuit en répétant ses chants
« Fit retentir le ciel de ces tristes accents:

« Echos du soir qui veillez dans la plaine,
Vers Edouard portez ma triste voix;
Car de la nuit l'humide et froide haleine
Glace mon sein qui tremble sous mes doigts.

Il ne vient pas et sa pauvre Louise
Dans la nuit sombre attend toujours en vain;
Va-t-il laisser au souffle de la brise
Périr de froid la fleur sur son chemin?

Cher Edouard, pourquoi briser ma vie?
Si jeune encore et verser tant de pleurs.
Mais tendre rose, à sa tige affaiblie,
L'aquilon souffle avant l'aube et je meurs.

Il n'entend plus la voix de l'orpheline
Dont les accents faisaient vibrer son coeur;
Froide et tremblante au haut de la colline
Elle n'est plus que l'enfant du malheur.

Tombé là-bas, en gardant la frontière,
Parmi les preux qu'a frappé le trépas;
Le noir tombeau va couvrir sa poussière,
Car Edouard ne nous reverra pas. »

« On entendait encor ces mots dans la nuit sombre
« Que le spectre à nos yeux disparaissait dans l'ombre.
« Un silence suivit ce spectacle effrayant,
« Présage qu'on n'osait s'expliquer qu'en tremblant,
« Quand le bruit d'un coursier retentit dans la plaine.
« Bientôt l'on entendit sur le parquet de chêne
« Glisser en murmurant le sabre d'un soldat
« Qui revenait des bords de la Monongahla.
« Dans le château soudain un bruit confus résonne,
« Et ton père pâlit, la force l'abandonne;
« De sa tremblante main la coupe avec fracas
« Tombe sur le parquet et se brise en éclats -
« Edouard n'était plus ! - »
Puisse n'être ce songe
Qu'un présage trompeur que soufflait le mensonge
A l'esprit du sommeil qui flottait sur mes yeux.
Mais je n'ose sonder dans les secrets des cieux.
Edouard à ces mots a gardé le silence;
Son coeur semble un moment frappé par la puissance
Que le génie occulte évoque en sa frayeur.
Mais la raison bientôt domina dans son coeur. -
As-tu vu quelquefois flotter sur la campagne,
Louise, des brouillards d'où là-bas la montagne
Paraissait s'élever comme du sein des flots.
Tes yeux cherchaient, en vain, nos verdoyants côteaux.
A peine le soleil commençait sa carrière,
Le brouillard se perdait noyé dans sa lumière
Tel, devant la raison le rêve de la nuit,
Qui troublait le sommeil, se dissipe et s'enfuit.
Pourquoi tremblerions-nous devant un vain fantôme?
Comme au sein de la Grèce, on vit jadis un homme,
Aux pieds d'un dieu qu'il fit, tomber saisi d'effroi.
De la raison connaissons mieux la loi.
Le ciel ne fut-il pas pour nous toujours propice;
Ta sensibilité fait seule ton supplice.
Ce ciel brillant et pur accuse nos soupçons;
Et tu sais qu'en doutant dès lors nous l'offensons.

Regarde l'oiseau qui passe
Doute-t-il de l'avenir?
En voltigeant dans l'espace
Il ne songe qu'au plaisir.
Et quand l'air est serein et frais dans le bocage
Ne fait-il pas sans cesse entendre son ramage?
Pourtant l'hiver viendra lui ravir son bosquet.
Et nous, un rêve vain nous trouble et nous distrait.
OA délices de mon âme,
Louise, les cieux nous seront bons;
Ils souriront à notre flamme,
Car ils sont purs nos coeurs, comme l'air sur nos fronts.
Ta voix, cher Edouard, comme le frais zéphire
A versé dans mon sein le calme et la fraîcheur;
Et ma crainte s'enfuit devant ton doux sourire
Je suis sûre toujours près de toi du bonheur.
Puis ces nuages passaient;
Le ciel n'est pas toujours sombre.
Et ses yeux reparaissaient
Purs, son front n'avait plus d'ombre.

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François-Xavier Garneau (1809-1866) Louise BURNS. IV
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