PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
Partagez | 
 

 Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20

VI
On n’avait aucune nouvelle de mon oncle.
Un matin Pragmater le vit raser, comme un oiseau,
le sable de l’allée du jardin, sur le bord de laquelle ses
soleils favoris penchaient mélancoliquement leurs
disques d’or pleins de graines noires ; avec sa main
d’ombre, ou son ombre de main, il essayait de relever
une des fleurs que le vent avait courbée, et tâchait de
réparer de son mieux la négligence des vivants.
Le ciel était clair, un gai rayon d’automne illuminait
le jardin ; deux ou trois pigeons, posés sur le toit, se
toilettaient au soleil ; une bise nonchalante jouait avec
quelques feuilles jaunes, et deux ou trois plumes
blanches, tombées de l’aile des colombes, tournoyaient
mollement dans la tiède atmosphère. Ce n’était guère la
mise en scène d’une apparition, et un fantôme un peu
adroit ne se serait pas montré dans un lieu si positif et à
une heure aussi peu fantastique.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20


Une plate-bande de soleils, un carré de choux, des
oignons montés, du persil et de l’oseille, à onze heures
du matin, rien n’est moins allemand.
Jacobus Pragmater fut convaincu, cette fois, qu’il
n’y avait pas moyen de mettre l’apparition sur le dos
d’un effet de lune et d’un jeu de lumière.
Il entra dans la cuisine, tout pâle et tout tremblant, et
raconta à Berthe ce qui venait de lui arriver.
-Notre bon maître est mort, dit Berthe en
sanglotant : mettons-nous à genoux, et prions pour le
repos de son âme !
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20

Nous récitâmes ensemble les prières funèbres. Tom,
inquiet, rôdait autour de notre groupe, en nous jetant
avec ses prunelles vertes des regards intelligents et
presque surhumains ; il semblait nous demander le
secret de notre douleur subite, et poussait, pour attirer
l’attention sur lui, de petits miaulements plaintifs et
suppliants.
-Hélas ! pauvre Tom, dit Berthe en lui flattant le
dos de la main, tu ne te chaufferas plus, l’hiver, sur le
genou de monsieur, dans la belle chambre rouge, et tu
ne mangeras plus les têtes de poisson sur le coin de son
assiette !
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20

Le grillon ne chantait que bien rarement. La maison
semblait morte ; le jour avait des teintes blafardes, et ne
pénétrait qu’avec peine les vitres jaunes, la poussière
s’entassait dans les chambres inoccupées, les araignées
jetaient sans façon leur toile d’un angle à l’autre, et
provoquaient inutilement le plumeau ; l’ardoise du toit,
autrefois d’un bleu si vif et si gai, prenait des teintes
plombées ; les murailles verdissaient comme des
cadavres, les volets se déjetaient ; les portes ne
joignaient plus ; la cendre grise de l’abandon descendait
fine et tamisée sur tout cet intérieur naguère si riant et
d’une si curieuse propreté.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20



La saison avançait ; les collines frileuses avaient
déjà sur leurs épaules les rousses fourrures de
l’automne, de larges bancs de brouillard montaient du
fond de la vallée, et la bruine rayait de ses grêles
hachures un ciel couleur de plomb.
Il fallait rester des journées entières à la maison, car
les prairies mouillées, les chemins défoncés ne nous
permettaient plus que rarement le plaisir de la
promenade.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20


Maria dépérissait à vue d’oeil et devenait d’une
beauté étrange ; ses yeux s’agrandissaient et
s’illuminaient de l’aurore de la vie céleste ; le ciel
prochain y rayonnait déjà. Ils roulaient moelleusement
sur leurs longues paupières comme deux globes
d’argent bruni, avec des langueurs de clair de lune et
des rayons d’un bleu velouté que nul peintre ne saurait
rendre : les couleurs de ses joues, concentrées sur le
haut des pommettes en petit nuage rose, ajoutaient
encore à l’éclat divin de ces yeux surnaturels où se
concentrait une vie près de s’envoler ; les anges du ciel
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20


semblaient regarder la terre par ces yeux-là.
À l’exception de ces deux taches vermeilles, elle
était pâle comme de la cire vierge ; ses tempes et ses
mains transparentes laissaient voir un délicat lacis de
veines azurées ; ses lèvres décolorées s’exfoliaient en
petites pellicules lamelleuses : elle était poitrinaire.
Comme j’avais l’âge d’entrer au collège, mes
parents me firent revenir à la ville, d’autant plus qu’ils
avaient appris la mort de mon oncle, qui avait fait une
chute de cheval dans un chemin difficile, et s’était
fendu la tête.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:20


Un testament trouvé dans sa poche instituait Berthe
et Pragmater ses uniques héritiers, à l’exception de sa
bibliothèque, qui devait me revenir, et d’une bague en
diamants de sa mère, destinée à Maria.
Mes adieux à Maria furent des plus tristes ; nous
sentions que nous nous reverrions plus. Elle
m’embrassa sur le seuil de la porte, et me dit à
l’oreille :
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:21



-C’est ce vilain Pragmater qui est cause de tout ; il
a voulu tuer le grillon. Nous nous reverrons chez le bon
Dieu. Voilà une petite croix en perles de couleur que
j’ai faite pour toi ; garde-la toujours.
Un mois après, Maria s’éteignit. Le grillon ne
chanta plus à dater de ce jour-là : l’âme de la maison
s’en était allée. Berthe et Pragmater ne lui survécurent
pas longtemps ; Tom mourut, bientôt après, de langueur
et d’ennui.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI   Sam 27 Juil - 23:21

J’ai toujours la croix de perles de Maria. Par une
délicatesse charmante dont je ne me suis aperçu que
plus tard, elle avait mis quelques-uns de ses beaux
cheveux blonds pour enfiler les grains de verre qui la
composent ; chaste amour enfantin si pur, qu’il pouvait
confier son secret à une croix !
Revenir en haut Aller en bas
 
Théophile Gautier. (1811-1872) L’Ame De La Maison. VI
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Théophile Gautier (1811-1872)
» Théophile Gautier (1811-1872) SÉRÉNADE
» Théophile Gautier (1811-1872) LE POETE ET LA FOULE.
» Théophile Gautier (1811-1872) LA LUNE.
» Théophile Gautier (1811-1872) ADIEUX A LA POÉSIE.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: