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 Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII   Dim 28 Juil - 12:48

VII
Alcindor, rentré chez lui, se jeta sur une chaise-
longue et poussa un soupir modulé et flûté qui se
pouvait traduire ainsi : « Que le diable emporte toutes
ces bégueules maniérées et vaporeuses, avec leurs
fantaisies extravagantes ! » Il pencha sa tête en arrière,
regarda fixement les moulures du plafond, et allongea
languissamment sa main vers le cordon de moire d’une
sonnette. Il l’agita à plusieurs reprises, mais personne
ne vint. Comme Alcindor était naturellement fort vif et
ne pouvait souffrir le moindre retard, il se pendit des
deux mains au cordon de la sonnette qui se rompit.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII   Dim 28 Juil - 12:49

Alcindor, privé de ce moyen de communication avec le
monde de l’office et de l’antichambre, et décidé à ne
pas sortir de sa chaise, se mit à faire un vacarme
horrible.

« Holà ! Giroflée, Similor, Marmelade, Galopin,
Champagne, quelqu’un ! Il n’y a pas une personne de
qualité en France qui soit plus mal servie que moi !
Holà ! maroufles, butors, belîtres, marauds, gredins,
vous aurez cent coups de bâton ! gare aux épaules du
premier qui entrera ! Ha ! canaille noire et blanche, je
vous ferai tous aller aux galères, pendre et rouer vifs
comme vous le méritez si bien. Je vous recommanderai
à M. le prévôt, soyez tranquilles. Morbleu ! ventrebleu !
corbleu ! têtebleu ! sacre-bleu ! Ces drôles me feront à
la fin sortir de mon caractère. Champagne, Basque,
Galopin, Marmelade, Similor, Giroflée, holà ! Les
bourreaux ! je n’en puis plus, je meurs ! ouf ! »
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII   Dim 28 Juil - 12:49

Le duc Alcindor, suffoqué de rage et étranglé par un
nouveau paquet d’invectives qui lui montait dans la
gorge, tomba comme épuisé sur le dossier de sa chaise.
La porte de la chambre s’ouvrit et laissa passer enfin
une grosse tête de nègre, ronde, joufflue, et d’autant
plus joufflue qu’elle avait les bajoues fort exactement
remplies d’une caille au gratin, dérobée à l’office, et
dont la déglutition avait été interrompue par les cris
forcenés d’Alcindor. C’était Similor, le nègre favori de
M. le duc. Par derrière pointait timidement le nez aigu
de Giroflée.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII   Dim 28 Juil - 12:49

« Je crois que petit maître blanc appeler moa noir, »
dit le nègre Similor d’un ton demi-patelin, demi-
effrayé, en tâchant de remuer sa large langue à travers
l’épaisse pâtée de pain et de viande qui lui farcissait la
bouche.
« Ah tu crois, brigand, que je t’appelais ? Je te ferai
écorcher vif et retourner comme un vieil habit, pour
voir si la doublure de ta peau est aussi noire que
l’étoffe. Tiens, misérable !... » Et le duc, dont la rage
s’était ravivée en s’exhalant, prit un flambeau sur la
table et le jeta à la tête du nègre. Le flambeau alla droit
à une glace qu’il rompit en mille morceaux.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII   Dim 28 Juil - 12:49

Similor, habitué à ces façons d’agir, se laissa tomber
à plat ventre sur le tapis en criant piteusement : « Aïe !
aïe ! aïe ! petit maître, ze sais mort ! » et en faisant des
grimaces bouffonnes qui manquaient rarement leur
effet : « Le zandelier m’a passé à travers le corps. Ze
sens un grand trou. Ze suis bien mort cette fois. Couic !
-Allons ! cuistre, dit Alcindor, dont la colère était
passée, en lui donnant un grand coup de pied au
derrière, finis tes singeries ; et vous, Giroflée, puisque
vous voilà, accommodez-moi, car je ne veux plus sortir
aujourd’hui. Coiffez-moi de nuit, Giroflée, et vous
Similor, allez faire défendre la porte à tout le monde.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII   Dim 28 Juil - 12:49

Cependant, s’il vient une dame en capuchon noir, petit
pied et main blanche, laissez-la monter. Mais, pour
Dieu ! qu’on n’aille pas se tromper et admettre Elmire
ou Zulmé, deux espèces qui m’assomment et dont j’ai
assez depuis huit jours. »
Cela dit, Alcindor s’établit dans une duchesse, et
Giroflée commence à l’accommoder. Similor se tenait
debout devant lui, tendant des épingles à mesure qu’on
en avait besoin, montrant la langue, faisant des
grimaces, et tirant la queue à un sapajou qui, à chaque
fois, poussait un glapissement aigre et faisait grincer ses
dents comme une scie.

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Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VII
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