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 Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:50

Rappel du premier message :

Le pied de momie

J'étais entré par désoeuvrement chez un de ces marchands de curiosités dits
marchands de bric-à-brac dans l'argot parisien, si parfaitement inintelligible
pour le reste de la France.

Vous avez sans doute jeté l'oeil, à travers le carreau, dans quelques-unes de
ces boutiques devenues si nombreuses depuis qu'il est de mode d'acheter des
meubles anciens, et que le moindre agent de change se croit obligé d'avoir sa
chambre Moyen Age.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:52


Au lieu d'être immobile comme il convient à un pied embaumé depuis quatre mille
ans, il s'agitait, se contractait et sautillait sur les papiers comme une
grenouille effarée: on l'aurait cru en contact avec une pile voltaïque;
j'entendais fort distinctement le bruit sec que produisait son petit talon, dur
comme un sabot de gazelle.

J'étais assez mécontent de mon acquisition, aimant les serre-papiers sédentaires
et trouvant peu naturel de voir les pieds se promener sans jambes, et je
commençais à éprouver quelque chose qui ressemblait fort à de la frayeur.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:53

Tout à coup je vis remuer le pli d'un de mes rideaux, et j'entendis un
piétinement comme d'une personne qui sauterait à cloche-pied. Je dois avouer que
j'eus chaud et froid alternativement; que je sentis un vent inconnu me souffler
dans le dos, et que mes cheveux firent sauter, en se redressant, ma coiffure de
nuit à deux ou trois pas.

Les rideaux s'entrouvrirent, et je vis s'avancer la figure la plus étrange qu'on
puisse imaginer.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:53

C'était une jeune fille, café au lait très foncé, comme la bayadère Amani, d'une
beauté parfaite et rappelant le type égyptien le plus pur; elle avait des yeux
taillés en amande avec des coins relevés et des sourcils tellement noirs qu'ils
paraissaient bleus, son nez était d'une coupe délicate, presque grecque pour la
finesse, et l'on aurait pu la prendre pour une statue de bronze de Corinthe, si
la proéminence des pommettes et l'épanouissement un peu africain de la bouche
n'eussent fait reconnaître, à n'en pas douter, la race hiéroglyphique des bords
du Nil.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:53

Ses bras minces et tournés en fuseau, comme ceux des très jeunes filles, étaient
cerclés d'espèces d'emprises de métal et de tours de verroterie; ses cheveux
étaient nattés en cordelettes, et sur sa poitrine pendait une idole en pâte
verte que son fouet à sept branches faisait reconnaître pour l'Isis, conductrice
des âmes; une plaque d'or scintillait à son front, et quelques traces de fard
perçaient sous les teintes de cuivre de ses joues.

Quant à son costume il était très étrange.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:56

Figurez-vous un pagne de bandelettes chamarrées d'hiéroglyphes noirs et rouges,
empesés de bitume et qui semblaient appartenir à une momie fraîchement
démaillottée.

Par un de ces sauts de pensée si fréquents dans les rêves, j'entendis la voix
fausse et enrouée du marchand de bric-à-brac, qui répétait, comme un refrain
monotone, la phrase qu'il avait dite dans sa boutique avec une intonation si
énigmatique:

"Le vieux Pharaon ne sera pas content; il aimait beaucoup sa fille, ce cher
homme."
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:56

Particularité étrange et qui ne me rassura guère, l'apparition n'avait qu'un
seul pied, l'autre jambe était rompue à la cheville.

Elle se dirigea vers la table où le pied de momie s'agitait et frétillait avec
un redoublement de vitesse. Arrivée là, elle s'appuya sur le rebord, et je vis
une larme germer et perler dans ses yeux.

Quoiqu'elle ne parlât pas, je discernais clairement sa pensée: elle regardait le
pied, car c'était bien le sien, avec une expression de tristesse coquette d'une
grâce infinie; mais le pied sautait et courait çà et là comme s'il eût été
poussé par des ressorts d'acier.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:57

Particularité étrange et qui ne me rassura guère, l'apparition n'avait qu'un
seul pied, l'autre jambe était rompue à la cheville.

Elle se dirigea vers la table où le pied de momie s'agitait et frétillait avec
un redoublement de vitesse. Arrivée là, elle s'appuya sur le rebord, et je vis
une larme germer et perler dans ses yeux.

Quoiqu'elle ne parlât pas, je discernais clairement sa pensée: elle regardait le
pied, car c'était bien le sien, avec une expression de tristesse coquette d'une
grâce infinie; mais le pied sautait et courait çà et là comme s'il eût été
poussé par des ressorts d'acier.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:57

Deux ou trois fois elle étendit sa main pour le saisir, mais elle n'y réussit
pas.

Alors il s'établit entre la princesse Hermonthis et son pied, qui paraissait
doué d'une vie à part, un dialogue très bizarre dans un cophte très ancien, tel
qu'on pouvait le parler, il y a une trentaine de siècles, dans les syringes du
pays de Ser: heureusement que cette nuit-là, je savais le cophte en perfection.

La princesse Hermonthis disait d'un ton de voix doux et vibrant comme une
clochette de cristal:
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:57

"Eh bien! mon cher petit pied, vous me fuyez toujours, j'avais pourtant bien
soin de vous. Je vous baignais d'eau parfumée, dans un bassin d'albâtre; je
polissais votre talon avec la pierre-ponce trempée d'huile de palmes, vos ongles
étaient coupés avec des pinces d'or et polis avec de la dent d'hippopotame,
j'avais soin de choisir pour vous des thabebs brodés et peints à pointes
recourbées, qui faisaient l'envie de toutes les jeunes filles de l'Egypte; vous
aviez à votre orteil des bagues représentant le scarabée sacré, et vous portiez
un des corps les plus légers que puisse souhaiter un pied paresseux."

Le pied répondit d'un ton boudeur et chagrin:
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58

"Vous savez bien que je ne m'appartiens plus, j'ai été acheté et payé; le vieux
marchand savait bien ce qu'il faisait, il vous en veut toujours d'avoir refusé
de l'épouser: c'est un tour qu'il vous a joué.

"L'Arabe qui a forcé votre cercueil royal dans le puits souterrain de la
nécropole de Thèbes était envoyé par lui, il voulait vous empêcher d'aller à la
réunion des peuples ténébreux, dans les cités inférieures. Avez-vous cinq pièces
d'or pour me racheter?

- Hélas! non. Mes pierreries, mes anneaux, mes bourses d'or et d'argent, tout
m'a été volé, répondit la princesse Hermonthis avec un soupir.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58

- Princesse, m'écriai-je alors, je n'ai jamais retenu injustement le pied de
personne: bien que vous n'ayez pas les cinq louis qu'il m'a coûtés, je vous le
rends de bonne grâce; je serais désespéré de rendre boiteuse une aussi aimable
personne que la princesse Hermonthis."

Je débitai ce discours d'un ton régence et troubadour qui dut surprendre la
belle Egyptienne.

Elle tourna vers moi un regard chargé de reconnaissance, et ses yeux
s'illuminèrent de lueurs bleuâtres.
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