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 Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:50

Rappel du premier message :

Le pied de momie

J'étais entré par désoeuvrement chez un de ces marchands de curiosités dits
marchands de bric-à-brac dans l'argot parisien, si parfaitement inintelligible
pour le reste de la France.

Vous avez sans doute jeté l'oeil, à travers le carreau, dans quelques-unes de
ces boutiques devenues si nombreuses depuis qu'il est de mode d'acheter des
meubles anciens, et que le moindre agent de change se croit obligé d'avoir sa
chambre Moyen Age.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58

- Princesse, m'écriai-je alors, je n'ai jamais retenu injustement le pied de
personne: bien que vous n'ayez pas les cinq louis qu'il m'a coûtés, je vous le
rends de bonne grâce; je serais désespéré de rendre boiteuse une aussi aimable
personne que la princesse Hermonthis."

Je débitai ce discours d'un ton régence et troubadour qui dut surprendre la
belle Egyptienne.

Elle tourna vers moi un regard chargé de reconnaissance, et ses yeux
s'illuminèrent de lueurs bleuâtres.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58

Elle prit son pied, qui, cette fois, se laissa faire, comme une femme qui va
mettre son brodequin, et l'ajusta à sa jambe avec beaucoup d'adresse.

Cette opération terminée, elle fit deux ou trois pas dans la chambre, comme pour
s'assurer qu'elle n'était réellement plus boiteuse.

"Ah! comme mon père va être content, lui qui était si désolé de ma mutilation,
et qui avait, dès le jour de ma naissance, mis un peuple tout entier à l'ouvrage
pour me creuser un tombeau si profond qu'il pût me conserver intacte jusqu'au
jour suprême où les âmes doivent être pesées dans les balances de l'Amenthi.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58


"Venez avec moi chez mon père, il vous recevra bien, vous m'avez rendu mon
pied."

Je trouvai cette proposition toute naturelle; j'endossai une robe de chambre à
grands ramages, qui me donnait un air très pharaonesque; je chaussai à la hâte
des babouches turques, et je dis à la princesse Hermonthis que j'étais prêt à la
suivre.

Hermonthis, avant de partir, détacha de son col la petite figurine de pâte verte
et la posa sur les feuilles éparses qui couvraient la table.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58

"Il est bien juste, dit-elle en souriant, que je remplace votre serre-papier."

Elle me tendit sa main, qui était douce et froide comme une peau de couleuvre,
et nous partîmes.

Nous filâmes pendant quelque temps avec la rapidité de la flèche dans un milieu
fluide et grisâtre, où des silhouettes à peine ébauchées passaient à droite et à
gauche.

Un instant, nous ne vîmes que l'eau et le ciel.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58

Quelques minutes après, des obélisques commencèrent à pointer, des pylônes, des
rampes côtoyées de sphinx se dessinèrent à l'horizon.

Nous étions arrivés.

La princesse me conduisit devant une montagne de granit rose, où se trouvait une
ouverture étroite et basse qu'il eût été difficile de distinguer des fissures de
la pierre si deux stèles bariolées de sculptures ne l'eussent fait reconnaître.

Hermonthis alluma une torche et se mit à marcher devant moi.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:58

C'étaient des corridors taillés dans le roc vif; les murs, couverts de panneaux
d'hiéroglyphes et de processions allégoriques, avaient dû occuper des milliers
de bras pendant des milliers d'années; ces corridors, d'une longueur
interminable, aboutissaient à des chambres carrées, au milieu desquelles étaient
pratiqués des puits, où nous descendions au moyen de crampons ou d'escaliers en
spirale; ces puits nous conduisaient dans d'autres chambres, d'où partaient
d'autres corridors également bigarrés d'éperviers, de serpents roulés en cercle,
de tau, de pedum, de bari mystique, prodigieux travail que nul oeil vivant ne
devait voir, interminables légendes de granit que les morts avaient seuls le
temps de lire pendant l'éternité.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:59

Enfin, nous débouchâmes dans une salle si vaste, si énorme, si démesurée, que
l'on ne pouvait en apercevoir les bornes; à perte de vue s'étendaient des files
de colonnes monstrueuses entre lesquelles tremblotaient de livides étoiles de
lumière jaune: ces points brillants révélaient des profondeurs incalculables.

La princesse Hermonthis me tenait toujours par la main et saluait gracieusement
les momies de sa connaissance.

Mes yeux s'accoutumaient à ce demi-jour crépusculaire, et commençait à discerner
les objets.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:59

Je vis, assis sur des trônes, les rois des races souterraines: c'étaient de
grands vieillards secs, ridés, parcheminés, noirs de naphte et de bitume,
coiffés de pschents d'or, bardés de pectoraux et de hausse-cols, constellés de
pierreries avec des yeux d'une fixité de sphinx et de longues barbes blanchies
par la neige des siècles: derrière eux, leurs peuples embaumés se tenaient
debout dans les poses roides et contraintes de l'art égyptien, gardant
éternellement l'attitude prescrite par le codex hiératique; derrière les peuples
miaulaient, battaient de l'aile et ricanaient les chats, les ibis et les
crocodiles contemporains, rendus plus monstrueux encore par leur emmaillotage de
bandelettes.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:59

Tous les Pharaons étaient là, Chéops, Chephrenès, Psammetichus, Sésostris,
Amenoteph; tous les noirs dominateurs des pyramides et des syringes; sur une
estrade plus élevée siégeaient le roi Chronos et Xixouthros, qui fut
contemporain du déluge, et Tubal Caïn, qui le précéda.

La barbe du roi Xixouthros avait tellement poussé qu'elle avait déjà fait sept
fois le tour de la table de granit sur laquelle il s'appuyait tout rêveur et
tout somnolent.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:59

Plus loin, dans une vapeur poussiéreuse, à travers le brouillard des éternités,
je distinguais vaguement les soixante-douze rois préadamites avec leurs
soixante-douze peuples à jamais disparus.

Après m'avoir laissé quelques minutes pour jouir de ce spectacle vertigineux, la
princesse Hermonthis me présenta au Pharaon son père, qui me fit un signe de
tête fort majestueux.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le pied de momie    Dim 28 Juil - 14:59

"J'ai retrouvé mon pied! j'ai retrouvé mon pied! criait la princesse en frappant
ses petites mains l'une contre l'autre avec tous les signes d'une joie folle,
c'est monsieur qui me l'a rendu."

Les races de Kémé, les races de Nahasi, toutes les nations noires, bronzées,
cuivrées, répétaient en choeur:

"La princesse Hermonthis a retrouvé son pied."

Xixouthros lui-même s'en émut:
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