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 Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis

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MessageSujet: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:29

Rappel du premier message :

III. Deux anciens ennemis

D’Artagnan arrivait à la Bastille comme huit heures et demie
sonnaient.

Il se fit annoncer au gouverneur, qui, lorsqu’il sut qu’il venait
de la part et avec un ordre du ministre, s’avança au-devant de lui
jusqu’au perron.

Le gouverneur de la Bastille était alors M. du Tremblay, frère du
fameux capucin Joseph, ce terrible favori de Richelieu que l’on
appelait Éminence grise.

Lorsque le maréchal de Bassompierre était à la Bastille, où il
resta douze ans bien comptés, et que ses compagnons, dans leurs
rêves de liberté, se disaient les uns aux autres: Moi, je sortirai
à telle époque; et moi, dans tel temps, Bassompierre répondait: Et
moi, messieurs, je sortirai quand M. du Tremblay sortira. Ce qui
voulait dire qu’à la mort du cardinal M. du Tremblay ne pouvait
manquer de perdre sa place à la Bastille, et Bassompierre de
reprendre la sienne à la cour.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:31

- Ah! mon Dieu, oui! nous nous sommes quittés comme vous savez;
ils vivent, voilà tout ce que je peux dire; j’en apprends de temps
en temps des nouvelles indirectes. Mais dans quel lieu du monde
ils sont, le diable m’emporte si j’en sais quelque chose. Non,
d’honneur! je n’ai plus que vous d’ami, Rochefort.

- Et l’illustre... comment appelez-vous donc ce garçon que j’ai
fait sergent au régiment de Piémont?

- Planchet?

- Oui, c’est cela. Et l’illustre Planchet, qu’est-il devenu?

- Mais il a épousé une boutique de confiseur dans la rue des
Lombards, c’est un garçon qui a toujours fort aimé les douceurs;
de sorte qu’il est bourgeois de Paris et que, selon toute
probabilité, il fait de l’émeute en ce moment. Vous verrez que ce
drôle sera échevin avant que je sois capitaine.

- Allons, mon cher d’Artagnan, un peu de courage! c’est quand on
est au plus bas de la roue que la roue tourne et vous élève. Dès
ce soir, votre sort va peut-être changer.

- Amen! dit d’Artagnan en arrêtant le carrosse.

- Que faites-vous? demanda Rochefort.

- Je fais que nous sommes arrivés et que je ne veux pas qu’on me
voie sortir de votre voiture; nous ne nous connaissons pas.

- Vous avez raison. Adieu.

- Au revoir; rappelez-vous votre promesse.

Et d’Artagnan remonta à cheval et reprit la tête de l’escorte.

Cinq minutes après on entrait dans la cour du Palais-Royal.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:31

D’Artagnan conduisit le prisonnier par le grand escalier et lui
fit traverser l’antichambre et le corridor. Arrivé à la porte du
cabinet de Mazarin, il s’apprêtait à se faire annoncer quand
Rochefort lui mit la main sur l’épaule.

- D’Artagnan, dit Rochefort en souriant, voulez-vous que je vous
avoue une chose à laquelle j’ai pensé tout le long de la route, en
voyant les groupes de bourgeois que nous traversions et qui vous
regardaient, vous et vos quatre hommes, avec des yeux flamboyants?

- Dites, répondit d’Artagnan.

- C’est que je n’avais qu’à crier à l’aide pour vous faire mettre
en pièces, vous et votre escorte, et qu’alors j’étais libre.

- Pourquoi ne l’avez-vous pas fait? dit d’Artagnan.

- Allons donc! reprit Rochefort. L’amitié jurée! Ah! si c’eût été
un autre que vous qui m’eût conduit, je ne dis pas...

D’Artagnan inclina la tête.

- Est-ce que Rochefort serait devenu meilleur que moi? se dit-il.

Et il se fit annoncer chez le ministre.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:31

- Faites entrer M. de Rochefort, dit la voix impatiente de
Mazarin aussitôt qu’il eut entendu prononcer ces deux noms, et
priez M. d’Artagnan d’attendre: je n’en ai pas encore fini avec
lui.

Ces paroles rendirent d’Artagnan tout joyeux. Comme il l’avait
dit, il y avait longtemps que personne n’avait eu besoin de lui,
et cette insistance de Mazarin à son égard lui paraissait d’un
heureux présage.

Quant à Rochefort, elle ne lui produisit pas d’autre effet que de
le mettre parfaitement sur ses gardes. Il entra dans le cabinet et
trouva Mazarin assis à sa table avec son costume ordinaire, c’est-
à-dire en monsignor; ce qui était à peu près l’habit des abbés du
temps, excepté qu’il portait les bas et le manteau violet.

Les portes se refermèrent, Rochefort regarda Mazarin du coin de
l’oeil, et il surprit un regard du ministre qui croisait le sien.

Le ministre était toujours le même, bien peigné, bien frisé, bien
parfumé, et, grâce à sa coquetterie, ne paraissait pas même son
âge. Quant à Rochefort, c’était autre chose, les cinq années qu’il
avait passées en prison avaient fort vieilli ce digne ami de
M. de Richelieu; ses cheveux noirs étaient devenus tout blancs, et
les couleurs bronzées de son teint avaient fait place à une
entière pâleur qui semblait de l’épuisement. En l’apercevant,
Mazarin secoua imperceptiblement la tête d’un air qui voulait
dire:
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:31

- Voilà un homme qui ne me paraît plus bon à grand’chose.

Après un silence qui fut assez long en réalité, mais qui parut un
siècle à Rochefort, Mazarin tira d’une liasse de papiers une
lettre tout ouverte, et la montrant au gentilhomme:

- J’ai trouvé là une lettre où vous réclamez votre liberté,
monsieur de Rochefort. Vous êtes donc en prison?

Rochefort tressaillit à cette demande.

- Mais, dit-il, il me semblait que Votre Éminence le savait mieux
que personne.

- Moi? pas du tout! il y a encore à la Bastille une foule de
prisonniers qui y sont du temps de M. de Richelieu, et dont je ne
sais pas même les noms.

- Oh, mais, moi, c’est autre chose, Monseigneur! et vous saviez
le mien, puisque c’est sur un ordre de Votre Éminence que j’ai été
transporté du Châtelet à la Bastille.

- Vous croyez?

- J’en suis sûr.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:32

- Oui, je crois me souvenir, en effet; n’avez-vous pas, dans le
temps, refusé de faire pour la reine un voyage à Bruxelles?

- Ah! ah! dit Rochefort, voilà donc la véritable cause? Je la
cherche depuis cinq ans. Niais que je suis, je ne l’avais pas
trouvée!

- Mais je ne vous dis pas que ce soit la cause de votre
arrestation; entendons-nous, je vous fais cette question, voilà
tout: n’avez-vous pas refusé d’aller à Bruxelles pour le service
de la reine, tandis que vous aviez consenti à y aller pour le
service du feu cardinal?

- C’est justement parce que j’y avais été pour le service du feu
cardinal, que je ne pouvais y retourner pour celui de la reine.
J’avais été à Bruxelles dans une circonstance terrible. C’était
lors de la conspiration de Chalais. J’y avais été pour surprendre
la correspondance de Chalais avec l’archiduc, et déjà à cette
époque, lorsque je fus reconnu, je faillis y être mis en pièces.
Comment vouliez-vous que j’y retournasse! je perdais la reine au
lieu de la servir.

- Eh bien, vous comprenez, voici comment les meilleures
intentions sont mal interprétées, mon cher monsieur de Rochefort.
La reine n’a vu dans votre refus qu’un refus pur et simple; elle
avait eu fort à se plaindre de vous sous le feu cardinal, Sa
Majesté la reine! Rochefort sourit avec mépris.

- C’était justement parce que j’avais bien servi M. le cardinal
de Richelieu contre la reine, que, lui mort, vous deviez
comprendre, Monseigneur, que je vous servirais bien contre tout le
monde.

- Moi, monsieur de Rochefort, dit Mazarin, moi, je ne suis pas
comme M. de Richelieu, qui visait à la toute-puissance; je suis un
simple ministre qui n’a pas besoin de serviteurs étant celui de la
reine. Or, Sa Majesté est très susceptible; elle aura su votre
refus, elle l’aura pris pour une déclaration de guerre, et elle
m’aura, sachant combien vous êtes un homme supérieur et par
conséquent dangereux, mon cher monsieur de Rochefort, elle m’aura
ordonné de m’assurer de vous. Voilà comment vous vous trouvez à la
Bastille.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:32

Eh bien, Monseigneur, il me semble, dit Rochefort, que si c’est
par erreur que je me trouve à la Bastille...

- Oui, oui, reprit Mazarin, certainement tout cela peut
s’arranger; vous êtes homme à comprendre certaines affaires, vous,
et, une fois ces affaires comprises, à les bien pousser.

- C’était l’avis de M. le cardinal de Richelieu, et mon
admiration pour ce grand homme s’augmente encore de ce que vous
voulez bien me dire que c’est aussi le vôtre.

- C’est vrai, reprit Mazarin, M. le cardinal avait beaucoup de
politique, c’est ce qui faisait sa grande supériorité sur moi, qui
suis un homme tout simple et sans détours; c’est ce qui me nuit,
j’ai une franchise toute française.

Rochefort se pinça les lèvres pour ne pas sourire.

- Je viens donc au but. J’ai besoin de bons amis, de serviteurs
fidèles; quand je dis j’ai besoin, je veux dire: la reine a
besoin. Je ne fais rien que par les ordres de la reine, moi,
entendez-vous bien? ce n’est pas comme M. le cardinal de
Richelieu, qui faisait tout à son caprice. Aussi, je ne serai
jamais un grand homme comme lui; mais en échange, je suis un bon
homme, monsieur de Rochefort, et j’espère que je vous le
prouverai.

Rochefort connaissait cette voix soyeuse, dans laquelle glissait
de temps en temps un sifflement qui ressemblait à celui de la
vipère.

- Je suis tout prêt à vous croire, Monseigneur, dit-il, quoique,
pour ma part, j’aie eu peu de preuves de cette bonhomie dont parle
Votre Éminence N’oubliez pas, Monseigneur, reprit Rochefort voyant
le mouvement qu’essayait de réprimer le ministre, n’oubliez pas
que depuis cinq ans je suis à la Bastille, et que rien ne fausse
les idées comme de voir les choses à travers les grilles d’une
prison.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:32

- Ah! monsieur de Rochefort, je vous ai déjà dit que je n’y étais
pour rien dans votre prison. La reine... (colère de femme et de
princesse, que voulez-vous! mais cela passe comme cela vient, et
après on n’y pense plus)...

- Je conçois, Monseigneur, qu’elle n’y pense plus, elle qui a
passé cinq ans au Palais-Royal, au milieu des fêtes et des
courtisans; mais, moi, qui les ai passés à la Bastille...

- Eh! mon Dieu, mon cher monsieur de Rochefort, croyez-vous que
le Palais-Royal soit un séjour bien gai? Non pas, allez. Nous y
avons eu, nous aussi, nos grands tracas, je vous assure. Mais,
tenez, ne parlons plus de tout cela. Moi, je joue cartes sur
table, comme toujours. Voyons, êtes-vous des nôtres, monsieur de
Rochefort?

- Vous devez comprendre, Monseigneur, que je ne demande pas
mieux, mais je ne suis plus au courant de rien, moi. À la
Bastille, on ne cause politique qu’avec les soldats et les
geôliers, et vous n’avez pas idée, Monseigneur, comme ces gens-là
sont peu au courant des choses qui se passent. J’en suis toujours
à M. de Bassompierre, moi... Il est toujours un des dix-sept
seigneurs?

- Il est mort, monsieur, et c’est une grande perte. C’était un
homme dévoué à la reine, lui, et les hommes dévoués sont rares.

- Parbleu! je crois bien, dit Rochefort. Quand vous en avez, vous
les envoyez à la Bastille.

- Mais c’est qu’aussi, dit Mazarin, qu’est-ce qui prouve le
dévouement?

- L’action, dit Rochefort.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:32

- Ah! oui, l’action! reprit le ministre réfléchissant; mais où
trouver des hommes d’action?

Rochefort hocha la tête.

- Il n’en manque jamais, Monseigneur, seulement vous cherchez
mal.

- Je cherche mal! que voulez-vous dire, mon cher monsieur de
Rochefort? Voyons, instruisez-moi. Vous avez dû beaucoup apprendre
dans l’intimité de feu Monseigneur le cardinal. Ah! c’était un si
grand homme!

- Monseigneur se fâchera-t-il si je lui fais de la morale?

- Moi, jamais! Vous le savez bien, on peut tout me dire. Je
cherche à me faire aimer, et non à me faire craindre.

- Eh bien, Monseigneur, il y a dans mon cachot un proverbe écrit
sur la muraille, avec la pointe d’un clou.

- Et quel est ce proverbe? demanda Mazarin.

- Le voici, Monseigneur: _Tel maître..._

- Je le connais: _tel valet._

- Non: _tel serviteur._ C’est un petit changement que les gens
dévoués dont je vous parlais tout à l’heure y ont introduit pour
leur satisfaction particulière.

- Eh bien! que signifie le proverbe?

- Il signifie que M. de Richelieu a bien su trouver des
serviteurs dévoués, et par douzaines.

- Lui, le point de mire de tous les poignards! lui qui a passé sa
vie à parer tous les coups qu’on lui portait!

- Mais il les a parés, enfin, et pourtant ils étaient rudement
portés. C’est que s’il avait de bons ennemis, il avait aussi de
bons amis.

- Mais voilà tout ce que je demande!
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:32

- J’ai connu des gens, continua Rochefort, qui pensa que le
moment était venu de tenir parole à d’Artagnan, j’ai connu des
gens qui, par leur adresse, ont cent fois mis en défaut la
pénétration du cardinal; par leur bravoure, battu ses gardes et
ses espions; des gens qui sans argent, sans appui, sans crédit,
ont conservé une couronne à une tête couronnée et fait demander
grâce au cardinal.

- Mais ces gens dont vous parlez, dit Mazarin en souriant en lui-
même de ce que Rochefort arrivait où il voulait le conduire, ces
gens-là n’étaient pas dévoués au cardinal, puisqu’ils luttaient
contre lui.

- Non, car ils eussent été mieux récompensés; mais ils avaient le
malheur d’être dévoués à cette même reine pour laquelle tout à
l’heure vous demandiez des serviteurs.

- Mais comment pouvez-vous savoir toutes ces choses?

- Je sais ces choses parce que ces gens-là étaient mes ennemis à
cette époque, parce qu’ils luttaient contre moi, parce que je leur
ai fait tout le mal que j’ai pu, parce qu’ils me l’ont rendu de
leur mieux, parce que l’un d’eux, à qui j’avais eu plus
particulièrement affaire, m’a donné un coup d’épée, voilà sept ans
à peu près: c’était le troisième que je recevais de la même
main... la fin d’un ancien compte.

- Ah! fit Mazarin avec une bonhomie admirable, si je connaissais
des hommes pareils.

- Eh! Monseigneur, vous en avez un à votre porte depuis plus de
six ans, et que depuis six ans vous n’avez jugé bon à rien.

- Qui donc?

- Monsieur d’Artagnan.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:33

- Ce Gascon! s’écria Mazarin avec une surprise parfaitement
jouée.

- Ce Gascon a sauvé une reine, et fait confesser à
M. de Richelieu qu’en fait d’habileté, d’adresse et de politique
il n’était qu’un écolier.

- En vérité!

- C’est comme j’ai l’honneur de le dire à Votre Éminence.

- Contez-moi un peu cela, mon cher monsieur de Rochefort.

- C’est bien difficile, Monseigneur, dit le gentilhomme en
souriant.

- Il me le contera lui-même, alors.

- J’en doute, Monseigneur.

- Et pourquoi cela?

- Parce que le secret ne lui appartient pas; parce que, comme je
vous l’ai dit, ce secret est celui d’une grande reine.

- Et il était seul pour accomplir une pareille entreprise?

- Non, Monseigneur, il avait trois amis, trois braves qui le
secondaient, des braves comme vous en cherchiez tout à l’heure.

- Et ces quatre hommes étaient unis, dites-vous?

- Comme si ces quatre hommes eussent fait qu’un, comme si ces
quatre coeurs eussent battu dans la même poitrine; aussi, que
n’ont-ils fait à eux quatre!

- Mon cher monsieur de Rochefort, en vérité vous piquez ma
curiosité à un point que je ne puis vous dire. Ne pourriez-vous
donc ma narrer cette histoire?

- Non, mais je puis vous dire un conte, un véritable conte de
fée, je vous en réponds, Monseigneur.
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MessageSujet: Re: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) III. Deux anciens ennemis   Dim 7 Avr - 15:33

- Oh! dites-moi cela, monsieur de Rochefort, j’aime beaucoup les
contes.

- Vous le voulez donc, Monseigneur? dit Rochefort en essayant de
démêler une intention sur cette figure fine et rusée.

- Oui.

- Eh bien! écoutez! Il y avait une fois une reine... mais une
puissante reine, la reine d’un des plus grands royaumes du monde,
à laquelle un grand ministre voulait beaucoup de mal pour lui
avoir voulu auparavant trop de bien. Ne cherchez pas, Monseigneur!
vous ne pourriez pas deviner qui. Tout cela se passait bien
longtemps avant que vous vinssiez dans le royaume où régnait cette
reine. Or, il vint à la cour un ambassadeur si brave, si riche et
si élégant, que toutes les femmes en devinrent folles, et que la
reine elle-même, en souvenir sans doute de la façon dont il avait
traité les affaires d’État, eut l’imprudence de lui donner
certaine parure si remarquable qu’elle ne pouvait être remplacée.
Comme cette parure venait du roi, le ministre engagea celui-ci à
exiger de la princesse que cette parure figurât dans sa toilette
au prochain bal. Il est inutile de vous dire, Monseigneur, que le
ministre savait de science certaine que la parure avait suivi
l’ambassadeur, lequel ambassadeur était fort loin, de l’autre côté
des mers. La grande reine était perdue! perdue comme la dernière
de ses sujettes, car elle tombait du haut de sa grandeur.

- Vraiment, fit Mazarin.
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