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 Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) LXXVII. Le vin de Porto (Suite)

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MessageSujet: Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) LXXVII. Le vin de Porto (Suite)   Lun 15 Avr - 18:46

LXXVII. Le vin de Porto (Suite)

Grimaud attendit qu’il eût entendu grincer le pêne de la porte
dans la serrure, et quand il se fut assuré qu’il était seul, il se
dressa lentement le long de la muraille.

- Ah! fit-il en essuyant avec sa manche de larges gouttes de
sueur qui perlaient sur son front; comme c’est heureux que
Mousqueton ait eu soif!

Il se hâta de passer par son trou, croyant encore rêver; mais la
vue de la poudre dans le pot de bière lui prouva que ce rêve était
un cauchemar mortel.

D’Artagnan, comme on le pense, écouta tous ces détails avec un
intérêt croissant, et, sans attendre que Grimaud eût fini, il se
leva sans secousse, et approchant sa bouche de l’oreille d’Aramis,
qui dormait à sa gauche, et lui touchant l’épaule en même temps
pour prévenir tout mouvement brusque:

- Chevalier, lui dit-il, levez-vous, et ne faites pas le moindre
bruit.

Aramis s’éveilla. D’Artagnan lui répéta son invitation en lui
serrant la main. Aramis obéit.

- Vous avez Athos à votre gauche, dit-il, prévenez-le comme je
vous ai prévenu.

Aramis réveilla facilement Athos, dont le sommeil était léger
comme l’est ordinairement celui de toutes les natures fines et
nerveuses; mais on eut plus de difficulté pour réveiller Porthos.
Il allait demander les causes et les raisons de cette interruption
de son sommeil, qui lui paraissait fort déplaisante, lorsque
d’Artagnan, pour toute explication, lui appliqua la main sur la
bouche.

Alors notre Gascon, allongeant ses bras et les ramenant à lui,
enferma dans leur cercle les trois têtes de ses amis, de façon
qu’elles se touchassent pour ainsi dire.

- Amis, dit-il, nous allons immédiatement quitter ce bateau, ou
nous sommes tous morts.

- Bah! dit Athos, encore?

- Savez-vous quel était le capitaine du bateau?

- Non.

- Le capitaine Groslow.

Un frémissement des trois mousquetaires apprit à d’Artagnan que
son discours commençait à faire quelque impression sur ses amis.

- Groslow! fit Aramis, diable!

- Qu’est-ce que c’est que cela, Groslow? demanda Porthos, je ne
me le rappelle plus.

- Celui qui a cassé la tête à Parry et qui s’apprête en ce moment
à casser les nôtres.

- Oh! oh!

- Et son lieutenant, savez-vous qui c’est?

- Son lieutenant? il n’en a pas, dit Athos. On n’a pas de
lieutenant dans une felouque montée par quatre hommes.

- Oui, mais M. Groslow n’est pas un capitaine comme un autre; il
a un lieutenant, lui, et ce lieutenant est M. Mordaunt.

Cette fois ce fut plus qu’un frémissement parmi les mousquetaires,
ce fut presque un cri. Ces hommes invincibles étaient soumis à
l’influence mystérieuse et fatale qu’exerçait ce nom sur eux, et
ressentaient de la terreur à l’entendre seulement prononcer.

- Que faire? dit Athos.

- Nous emparer de la felouque, dit Aramis.

- Et le tuer, dit Porthos.

- La felouque est minée, dit d’Artagnan. Ces tonneaux que j’ai
pris pour des futailles pleines de porto sont des tonneaux de
poudre. Quand Mordaunt se verra découvert, il fera tout sauter,
amis et ennemis, et ma foi c’est un monsieur de trop mauvaise
compagnie pour que j’aie le désir de me présenter en sa société,
soit au ciel, soit à l’enfer.

- Vous avez donc un plan? demanda Athos.

- Oui.

- Lequel?

- Avez-vous confiance en moi?

- Ordonnez, dirent ensemble les trois mousquetaires.

- Eh bien, venez!

D’Artagnan alla à une fenêtre basse comme un dalot, mais qui
suffisait pour donner passage à un homme; il la fit glisser
doucement sur sa charnière.

- Voilà le chemin, dit-il.

- Diable! dit Aramis, il fait bien froid, cher ami!

- Restez si vous voulez ici, mais je vous préviens qu’il y fera
chaud tout à l’heure.

- Mais nous ne pouvons gagner la terre à la nage.

- La chaloupe suit en laisse, nous gagnerons la chaloupe et nous
couperons la laisse. Voilà tout. Allons, messieurs.

- Un instant, dit Athos; les laquais?

- Nous voici, dirent Mousqueton et Blaisois, que Grimaud avait
été chercher pour concentrer toutes les forces dans la cabine, et
qui, par l’écoutille qui touchait presque à la porte, étaient
entrés sans être vus.

Cependant les trois amis étaient restés immobiles devant le
terrible spectacle que leur avait découvert d’Artagnan en
soulevant le volet et qu’ils voyaient par cette étroite ouverture.

En effet, quiconque a vu ce spectacle une fois sait que rien n’est
plus profondément saisissant qu’une mer houleuse, roulant avec de
sourds murmures ses vagues noires à la pâle clarté d’une lune
d’hiver.

- Cordieu! dit d’Artagnan, nous hésitons, ce me semble! Si nous
hésitons, nous, que feront donc les laquais?

- Je n’hésite pas, moi, dit Grimaud.

- Monsieur, dit Blaisois, je ne sais nager que dans les rivières,
je vous en préviens.

- Et moi, je ne sais pas nager du tout, dit Mousqueton.

Pendant ce temps, d’Artagnan s’était glissé par l’ouverture.

- Vous êtes donc décidé, ami? dit Athos.

- Oui, répondit le Gascon. Allons, Athos, vous qui êtes l’homme
parfait, dites à l’esprit de dominer la matière. Vous, Aramis,
donnez le mot aux laquais. Vous, Porthos, tuez tout ce qui nous
fera obstacle.

Et d’Artagnan, après avoir serré la main d’Athos, choisit le
moment où par un mouvement de tangage la felouque plongeait de
l’arrière; de sorte qu’il n’eut qu’à se laisser glisser dans
l’eau, qui l’enveloppait déjà jusqu’à la ceinture.

Athos le suivit avant même que la felouque fût relevée; après
Athos elle se releva, et l’on vit se tendre et sortir de l’eau le
câble qui attachait la chaloupe.

D’Artagnan nagea vers ce câble et l’atteignit.

Là il attendit suspendu à ce câble par une main et la tête seule à
fleur d’eau.

Au bout d’une seconde, Athos le rejoignit.

Puis l’on vit au tournant de la felouque poindre deux autres
têtes. C’étaient celle d’Aramis et de Grimaud.

- Blaisois m’inquiète, dit Athos. N’avez-vous pas entendu,
d’Artagnan, qu’il a dit qu’il ne savait nager que dans les
rivières?

- Quand on sait nager, on nage partout, dit d’Artagnan; à la
barque! à la barque!

- Mais Porthos? je ne le vois pas.

- Porthos va venir, soyez tranquille, il nage comme Léviathan
lui-même.

En effet Porthos ne paraissait point; car une scène, moitié
burlesque, moitié dramatique, se passait entre lui, Mousqueton et
Blaisois.

Ceux-ci, épouvantés par le bruit de l’eau, par le sifflement du
vent, effarés par la vue de cette eau noire bouillonnant dans le
gouffre, reculaient au lieu d’avancer.

- Allons! allons! dit Porthos, à l’eau!

- Mais, monsieur, disait Mousqueton, je ne sais pas nager,
laissez-moi ici.

- Et moi aussi, monsieur, disait Blaisois.

- Je vous assure que je vous embarrasserai dans cette petite
barque, reprit Mousqueton.

- Et moi je me noierai bien sûr avant que d’y arriver, continuait
Blaisois.

- Ah çà, je vous étrangle tous deux si vous ne sortez pas, dit
Porthos en les saisissant à la gorge. En avant, Blaisois!

Un gémissement étouffé par la main de fer de Porthos fut toute la
réponse de Blaisois, car le géant, le tenant par le cou et par les
pieds, le fit glisser comme une planche par la fenêtre et l’envoya
dans la mer tête en bas.

- Maintenant, Mouston, dit Porthos, j’espère que vous
n’abandonnerez pas votre maître.

- Ah! monsieur, dit Mousqueton les larmes aux yeux, pourquoi
avez-vous repris du service? nous étions si bien au château de
Pierrefonds!

Et sans autre reproche, devenu pensif et obéissant, soit par
dévouement réel, soit par l’exemple donné à l’égard de Blaisois,
Mousqueton donna tête baissée dans la mer.

Action sublime en tout cas, car Mousqueton se croyait mort.

Mais Porthos n’était pas homme à abandonner ainsi son fidèle
compagnon. Le maître suivit de si près son valet, que la chute des
deux corps ne fit qu’un seul et même bruit; de sorte que lorsque
Mousqueton revint sur l’eau tout aveuglé, il se trouva retenu par
la large main de Porthos, et put, sans avoir besoin de faire aucun
mouvement, s’avancer vers la corde avec la majesté d’un dieu
marin.

Au même instant, Porthos vit tourbillonner quelque chose à la
portée de son bras. Il saisit ce quelque chose par la chevelure:
c’était Blaisois, au-devant duquel venait déjà Athos.

- Allez, allez, comte, dit Porthos, je n’ai pas besoin de _vous_.

Et en effet, d’un coup de jarret vigoureux, Porthos se dressa
comme le géant Adamastor au-dessus de la lame, et en trois élans
il se trouva avoir rejoint ses compagnons.

D’Artagnan, Aramis et Grimaud aidèrent Mousqueton et Blaisois à
monter; puis vint le tour de Porthos, qui, en enjambant par-dessus
le bord, manqua de faire chavirer la petite embarcation.

- Et Athos? demanda d’Artagnan.

- Me voici! dit Athos, qui, comme un général soutenant la
retraite, n’avait voulu monter que le dernier et se tenait au
rebord de la barque. Êtes-vous tous réunis?

- Tous, dit d’Artagnan. Et vous, Athos, avez-vous votre poignard?

- Oui.

- Alors coupez le câble et venez.

Athos tira un poignard acéré de sa ceinture et coupa la corde; la
felouque s’éloigna; la barque resta stationnaire, sans autre
mouvement que celui que lui imprimaient les vagues.

- Venez, Athos! dit d’Artagnan.

Et il tendit la main au comte de La Fère, qui prit à son tour
place dans le bateau.

- Il était temps, dit le Gascon, et vous allez voir quelque chose
de curieux.
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Alexandre Dumas.(Père)(1802-1870) LXXVII. Le vin de Porto (Suite)
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