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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise III

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Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise   III Empty
MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise III   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise   III Icon_minitimeMer 5 Juin - 11:16

III

« O fleuve qui sans fin roules tes noires ondes!
Forêts dont j’aimai tant les retraites profondes
Sentiers que tant de fois j’ai parcourus le soir!
Collines qui bordez ces berges solitaires!
Rochers silencieux! antres pleins de mystères!
Pour la dernière fois j’ai voulu vous revoir.

Vos maîtres ont passé comme le flot qui coule
Sur ces grèves! ainsi que le vent qui roucoule,
La nuit, de sapins en sapins!
Comme un esquif léger qu’entraîne la dérive...
Et moi; oeil fatigué cherche en vain sur la rive
La trace de leurs mocassins.

Fleuve, te souvient-il de ces jours sans nuage,
Quand, dressant au printemps son wigwam sur ta plage,
L’Iroquois sur tes bords venait chasser le daim!
De nos courses sans fin te souvient-il encore,
Quand le vol cadencé de l’aviron sonore
Emportait nos canots bondissant sur ton sein?

Te souvient-il encor de la brune Indienne,
Dont la voix se mêlait, sonore, aérienne,
Aux mille murmures du soir,
Quand elle suspendait à la frêle liane,
Et balançait au vent sa mouvante nâgane,
Berceau d’un guerrier à l’oeil noir?

Te souvient-il aussi, quand, vengeurs intrépides,
Nos bandes poursuivaient de leurs flèches rapides
Leurs ennemis fuyant la rage dans le coeur?
Ou bien, sortant soudain de leur mille embuscades,
Couvraient de leurs clameurs la voix de tes cascades,
Et brandissaient dans l’ombre un tomahawk vainqueur?

Hélas! ils ne sont plus.. .et sous les sombres dômes
De tes forêts, la nuit, ou entend leurs fantômes
Mêler leur plainte au bruit du vent.
Ils sont morts! et tes flots qu’ils dominaient naguère,
Tes flots ont oublié le noble chant de guerre
Qu’ils entendirent si souvent!

Malheur! meilleur! malheur! à ces Visages-Pâles
Dont les rangs hérissés de foudres infernales
Ont fait de nos guerriers un carnage inouï!
Leurs victimes encore attendent la vengeance...
Puisse de ces vautours l’exécrable puissance
S’écrouler sous le bras du fier Areskoui!

Puisse-t-il, dévastant leurs retraites impures,
Les traquer, les saisir, scalper leurs chevelures,
Broyer leurs membres palpitants,
Entonner sur leurs corps l’hymne de la victoire ;
Rougir ses mocassins dans leur sang, et le boire
Dans leurs crânes encor fumants! »
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Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise III
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