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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise V

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise V   Mer 5 Juin - 11:17

V

Cependant sur les flots s’épaississent les ombres:
Le ciel voile ses feux sous des nuages sombres;
Le vent dans la forêt a sifflé sourdement;
La cime des grands pins se courbe et se relève;
Et le fleuve écumeux vient balayer la grève
De sou flot naguère dormant.

La tempête partout jette son cri sublime;
Le tonnerre roulant au-dessus de l’abîme,
Comme un boulet d’airain sur un dôme de fer,
Eclate, et tout à coup, d’un jet de flamme horrible,
Embrase un vieux tronc sec, dont la lueur terrible
Eclaire un spectacle d’enfer.

L’Iroquoise était là, comme ces noirs génies
Que l’on croit voir parfois dans les nuits d’insomnies;
Ses cheveux hérissés se tordaient sous le vent;
L’enfant, paralysé sous sa farouche étreinte,
Immobile semblait l’oiseau saisi de crainte
Que fascine l’oeil du serpent.

Horrible cauchemar! sa prunelle de louve
Fixe avec volupté sa victime, et la couve
D’un regard infernal; puis le monstre en fureur,
L’élevant tout à coup au-dessus de sa tête,
Pousse un cri... mais en vain, la voix de la tempête
Est plus forte que sa clameur.

Ombres de ses sachems, manitous de la plage,
Esprits, éveillez-vous! C’est vous que dans sa rage
Elle veut pour témoins de son acte sanglant!
Elle veut sous vos yeux finir son existence,
Eu vous offrant au moins pour dernière vengeance,
Le sang d’un jeune guerrier blanc!

Horreur! Elle soutient sa victime éperdue
D’une main; et, de l’autre un instant suspendue,
Elle lui plonge au coeur son arme qui reluit...
Un cri part, un seul cri; puis un hoquet, un râle;
Une goutte de sang sur une lèvre pâle;
Et la petite âme s’enfuit.

Puis la rage du monstre atteint son apogée;
En un délire affreux sa fureur s’est changée;
Elle foule du pied le cadavre meurtri;
Et poussant des éclats d’un rire satanique,
Elle danse alentour une ronde cynique,
Comme on rêvait Alighieri.

Ainsi qu’un tourbillon dans l’angle d’un abîme,
L’Iroquoise tournait autour de sa victime,
Aux lueurs du flambeau par la foudre allumé;
Puis, saisissant soudain la frêle créature,
Elle scalpe en hurlant sa blonde chevelure
De son poignard envenimé!

Puis se ruant encor sur la froide dépouille,
La frappe, la déchire, et dans sa rage fouille
La blessure béante ouverte dans son flanc;
Comme un vautour féroce, aux entrailles s’attache,
Lui découvre le coeur, de ses ongles l’arrache,
Et le dévore tout sanglant!
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Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Dernière Iroquoise V
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