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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:42

Rappel du premier message :

Tipite Vallerand




Le narrateur de la présente signait Joseph Lemieux; il était connu sous le nom 
de José Caron; et tout le monde l'appelait Jos Violon.
Pourquoi ces trois appellations? Pourquoi Violon? Vous m'en demandez trop.
C'était un grand individu dégingandé, qui se balançait sur les hanches en 
marchant, hâbleur, gouailleur, ricaneur, mais assez bonne nature au fond pour se 
faire pardonner ses faiblesses.
Et au nombre de celles-ci - bien que le mot faiblesse ne soit peut-être pas 
parfaitement en situation - il fallait compter au premier rang une disposition, assez 
forte au contraire, à lever le coude un peu plus souvent qu'à son tour.
Il avait passé sa jeunesse dans les chantiers de l'Ottawa, de la Gatineau et du 
Saint-Maurice; et si vous vouliez avoir une belle chanson de cage ou une bonne 
histoire de cambuse, vous pouviez lui verser deux doigts de jamaïque, sans crainte 
d'avoir à discuter sur la qualité de la marchandise qu'il vous donnait en échange.
Il me revient à la mémoire une de ses histoires, que je veux essayer de vous 
redire en conservant, autant que possible, la couleur caractéristique et pittoresque 
que Jos Violon savait donner à ses narrations.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:43

-Moi étout! moi étout! crièrent tous les autres.
-Ah! oui-dà oui!... Ah! c'est comme ça!... Eh ben, j'vas sous le dire, en 
effette, ous' que j'allons camper, mes crimes! fit Tipite Vallerand avec un autre 
sacre à faire trembler tout un chantier. On va camper au mont à l'Oiseau, entendez-
vous? Et si y en a un qui fourre son aviron dans le fond du canot, ou qui fourre son 
nez ous' qu'il a pas d'affaire, moi je lui fourre un coup de fusil entre les deux 
yeux! Ça vous va-t-y?
Et tout le monde entendit claquer le chien d'un fusil que le marabout venait 
d'aveindre d'un sac de toile qu'il avait sous les pieds.
Comme on savait le pendard capable de détruire père et mère, chacun fit le 
mort.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:43

Avec ça que le nom du mont à l'Oiseau, les enfants, était ben suffisant pour 
nous calmer, tout ce que j'en étions, que la moitié en était de trop.
A la pensée d'aller camper là, une souleur nous avait passé dans le dos, et je 
nous étions remis à nager sans souffler motte.
Seulement, je m'aperçus que Tanfan Jeannotte mangeait son ronge, et qu'il 
avait l'air de ruminer quèque manigance qu'annonçait rien de bon pour Tipite 
Vallerand.
Faut vous dire que le mont à l'Oiseau, c'est pas une place ordinaire.
N'importe queu voyageur du Saint-Maurice vous dira qu'il aimerait cent fois 
mieux coucher tout fin seul dans le cimiquière, que de camper en gang dans les 
environs du mont à l'Oiseau.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:43

Imaginez-vous une véreuse de montagne de mille pieds de haut, tranchée à pic 
comme avec un rasoir, et qui ferait semblant de se poster en plein travers du 
chenail pour barrer le passage aux chrétiens qui veulent monter plus haut.
Le pied du cap timbe dret dans l'eau, comme qui dirait à l'équerre; avec par-ci 
par-là des petites anses là ous' que, dans le besoin, y aurait toujours moyen de
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:43

camper comme ci comme ça, à l'abri des roches; mais je t'en fiche, mes mignons! 
Allez-y voir! Les anses du mont à l'Oiseau, ça s'appelle « touches-y pas ». Ceuses 
qu'ont campé là y ont pas campé deux fois, je vous le garantis.
D'abord, ces trous noirs-là, pour dire comme on dit, c'est pas beau tout de 
suite.
Quand vous avez dret au-dessus de vot' campe, c'te grande bringue de 
montagne du démon qui fait la frime de se pencher en avant pour vous reluquer le 
Canayen avec des airs de rien de bon, je vous dis qu'on n'a pas envie de se mettre 
à planter le chêne pour faire des pieds de nez!
C'est pas une place ous' que je conseillerais aux cavaliers d'aller faire de la 
broche avec leux blondes au clair de lune.
Mais c'est pas toute. La vlimeuse de montagne en fait ben d'autres, vous allez 
voir.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:43

D'abord elle est habitée par un gueulard.
Un gueulard, c'est comme qui dirait une bête qu'on n'a jamais ni vue ni 
connue, vu que ça existe pas.
Une bête, par conséquence, qu'appartient ni à la congrégation des chrétiens ni à 
la race des protestants.
C'est ni anglais, ni catholique, ni sauvage; mais ça vous a un gosier, par 
exemple, que ça hurle comme pour l'amour du bon Dieu... quoique ça vienne ben 
sûr du fond de l'enfer.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:44

Quand un voyageur a entendu le gueulard, il peut dire: « Mon testament est 
faite; salut, je t'ai vu; adieu, je m'en vas. » Y a des cierges autour de son cercueil 
avant la fin de l'année, c'est tout ce que j'ai à vous dire!
Et puis, y a ce qu'on appelle la danse des jacks mistigris.
Vous savez pas ce que c'est que les jacks mistigris, vous autres, comme de 
raison. Eh ben, j'vas vous dégoiser ça dans le fin fil.
Vous allez voir si c'est une rôdeuse d'engeance que ces jacks mistigris. Ça 
prend Jos Violon pour connaître ces poissons-là.
Figurez-vous une bande de scélérats qu'ont pas tant seulement sus les os assez 
de peau tout ensemble pour faire une paire de mitaines à un quêteux.
Des esquelettes de tous les gabarits et de toutes les corporations: des petits, des 
grands, des minces, des ventrus, des élingués, des tortus-bossus, des biscornus, des 
membres de chrétien avec des corps de serpent, des têtes de boeufs sus des cuisses 
de grenouilles, des individus sans cou, d'autres sans jambes, d'autres sans bras, les 
uns plantés dret debout sur un ergot, les autres se traînant à six pattes comme des 
araignées, - enfin une vermine du diable.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:44

Tout ça avec des faces de revenants, des comportements d'impudiques, et des 
gueules puantes à vous faire passer l'envie de renifler pour vingt ans.
Sur les minuit, le gueulard pousse son hurlement; et alors faut voir ressourdre 
c'te pacotille infernale, en dansant, en sautant, en se roulant, ruant, gigotant, se 
faisant craquer les jointures et cliqueter les osselets dans des contorsions 
épouvantables, et se bousculant pêle-mêle comme une fricassée de mardi-gras.
Une sarabande de damnés, quoi!
C'est ça, la danse des jacks mistigris.
Si y a un chrétien dans les environs, il est fini. En dix minutes, il est sucé, vidé, 
grignoté, viré en esquelette; et s'il a la chance de pas être en état de grâce, il se 
trouve à son tour emmorphosé en jack mistigris, et condamné à mener c'te vie de 
chien-là jusqu'à la fin du monde.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:44

Je vous demande, à c'te heure, si c'était réjouissant pour nous autres d'aller 
camper au milieu de c'te nation d'animaux-là!
On y fut, pourtant.
Disons, pour piquer au plus court, que nous v'là arrivés, la pince du canot dans 
le sable et les camarades dans les cailloux, avec les ustensiles de couquerie sus le 
dos.
Pas moyen de moyenner: Tipite Vallerand était là avec son fusil, qui watchait 
la manoeuvre et qui sacrait toujours le bon Dieu et tous les saints du calendrier 
comme cinq cent mille possédés.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:44

Fallait ben obéir; et comme j'avions tous une faim de chien, un bon feu de 
bois sec fut vite allumé, et la marmite se mit à mijoter sa petite chanson comme 
dans les bonnes années.
Naturellement, j'avions pas pris le temps d'installer une cambuse dans le 
principe, comme dit M. le curé.
Y avait là une grosse talle de bouleaux, et j'en avions crochi un gros pied ben 
solide, qu'on avait amarré, en le bandant avec la bosse du canot, comme on fait 
pour les pièges à loups.
C'est comme ça qu'on pend la crémaillère, dans le voyage, quand on a une 
chance et qu'on est pressé.
Pas la peine de vous raconter le souper, c'pas?
Je vous promets que la peur du gueulard et des jacks mistigris nous empêcha 
pas de nous licher les babines et de nous ravitailler les intérieurs.
Ces documents-là, ça peut couper l'appétit aux gens qu'ont leux trois bons 
repas par jours; mais pas quand il est sept heures du soir, et qu'on a nagé contre le 
courant comme des malcenaires depuis six heures du matin, avec tant seulement
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:44

pas le temps d'allumer, et sans autre désennui que des sacres pour accorder sus 
l'aviron!
Seulement, après le souper, on avait le visage d'une longueur respectable; et 
j'avions pas besoin de dire à personne de fermer sa boîte, je vous le garantis.
On se regardait tous sans rien dire, excepté, comme de raison, Tipite Vallerand, 
qui lâchait de temps en temps sa bordée de sacres, que c'était comme une rente. 
Personne grouillait; et c'est à peine si on osait tirer une touche, quand Fanfan 
Jeannotte - le sournois! se mit à rôder, à rôder, comme s'il avait jonglé quèque 
plan de nègre.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tipite Vallerand   Jeu 13 Juin - 6:44

À chaque instant, il nous passait sur les pieds, s'accrochait dans nos jambes 
étendues devant le feu; enfin, vlà la chicane prise entre lui et Tipite Vallerand. 
Comme de raison, une nouvelle bourrasque de blasphèmes.
Moi, ça me crispait.
-C'est pire qu'un mal de ventre, que je dis, de voir un chrétien maganer le bon 
Dieu de c'te façon-là!
-Le bon Dieu? que reprend le chéti en ricanant, il peut se fouiller. Y en a pas 
de bon Dieu par icitte!
Et renotant son jurement d'habitude, qu'était viré en vraies zitanies de 
conversation:
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