PLUME DE POÉSIES
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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:33

Les lutins


Histoire de chantiers
-Les lutins, les enfants? Vous demandez si je connais c'que c'est que les 
lutins? Faudrait pas avoir roulé comme moi durant trente belles années dans les 
bois, sus les cages et dans les chanquiers pour pas connaître, de fil en aiguille tout 
c'que y a à savoir sus le compte de ces espèces d'individus-là. Oui, Jos Violon 
connaît ça, un peu!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:33

Il va sans dire que c'était précisément Jos Violon lui-même, notre conteur 
habituel, qui avait la parole, et qui se préparait à nous régaler d'une de ses histoires 
de chantiers dont il avait été le témoin, quand il n'y avait pas joué un rôle décisif.
-Qu'est-ce que c'est d'abord, que les lutins? demanda quelqu'un de la 
compagnie. C'est-y du monde? C'est-y des démons?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:33

-Ça, par exemple, c'est plusse que je pourrais vous dire, répondit le vétéran 
des pays d'en-haut. Tout ce que je sais, c'est qu'il faut pas badiner avec ça. C'est 
pas comme qui dirait absolument malfaisant, mais quand on les agace, ou qu'on les 
interbolise trop, faut s'en défier. Y vous jouent des tours qui sont pas drôles: 
témoin c'te jeune mariée qu'ils ont promenée toute la nuit de ses noces, à cheval, à 
travers les bois, pour la remener tout essoufflée et presque sans connaissance, à 
cinq heures du matin. Je vous demande un peu si c'est des choses à faire!
D'abord, les lutins, tous les ceuses qu'en ont vu, moi le premier, vous diront 
que si c'est pas des démons, c'est encore ben moins des enfants-Jésus. Imaginez 
des petits bouts d'hommes de dix-huit pouces de haut, avec rien qu'un oeil dans le 
milieu du front, le nez comme une noisette, une bouche de ouaouaron fendue 
jusqu'aux oreilles, des bras pi des pieds de crapauds, avec des bedaines comme des 
tomates et des grands chapeaux pointus qui les font r'sembler à des champignons 
de printemps.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:33

Cet oeil qu'ils ont comme ça dans le milieu de la physionomie flambe comme 
un vrai tison; et c'est ce qui les éclaire, parce c'te nation-là, ça dort le jour, et la 
nuit ça mène le ravaud, sus vot'respèque. Ça vit dans la terre, derrière les souches, 
entre les roches, surtout sour les pavés d'écurie, parce que, s'ils ont un penchant 
pour quèque chose, c'est pour le chevaux.
Ah! pour soigner les chevaux, par exemple, y a pas de maquignons dans la 
Beauce pour les matcher. Quand ils prennent un cheval en amiquié, sa mangeoire

est toujours pleine, pi faut y voir luire le poil!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:33

Un vrai miroir, les enfants, jusque 
sour le ventre. Avec ça, la crinière et la queue fionnées comme n'importe queu 
toupet de créature; faut avoir vu ça comme moi. Écoutez bien c'que je m'en vas 
vous raconter, si on veut tant seulement me donner le temps d'allumer.
Et, après avoir soigneusement allumé sa pipe à la chandelle, et débuté par son 
préambule ordinaire: « Parli, parlo, parlons, » etc., le vieux narrateur entama son 
récit dans sa formule accoutumée:
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:33

-C'était donc pour vous dire, les enfants, que c'tannée-là, j'étions allés en 
hivernement sur la rivière au Chêne, au service du vieux Gilmore, avec une gang 
de par cheux nous ramassée dans les hauts de la Pointe-Lévis, et dans les Foulons 
du Cap-Blanc.
Quoique not' chanquier fût dans les environs du Saint-Maurice, le père 
Gilmore avait pas voulu entendre parler des rustauds de Trois-Rivières. Y voulait 
des travaillants corrects, pas sacreurs, pas ivrognes et pas sorciers. Des coureux de 
chasse-galerie, des hurlots qui parlent au diable et qui vendent la poule noire il en 
avait assez, à qui paraît.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:34

En sorte qu'on était tous d'assez bons vivants, malgré qu'on n'eût pas l'oc-
casion d'aller à la basse messe, tous les matins.
Comme vous devez le savoir, les enfants, la rivière au Chêne, c'est pas tout à 
fait sus le voisin, comme on dit: mais c'est pas au diable vert non plus. En partant 
de Trois-Rivières, on se rend là dans deux jours et demi faraud: et comme le trajet 
s'y oppose pas, ça vous donne la chance d'emmener des chevaux avec vous autres 
pour le charriage.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:34

Le boss s'en était gréyé de deux, avant de partir. Un grand noir à moitié 
dompté, avec une petite pouliche cendrée, fine comme une soie. Belzémire qu'a 
s'appelait. Une anguille dans le collier, les enfants, épi une vraie poussière sur la 
route. Je vous dis que c'était snug c'te petite bête-là! Tout le monde l'aimait. 
C'était à qui d'nous autres volerait un morceau de sucre à la cambuse pour y 
donner.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:34

Je vous ai t'y dit que le grand Zèbe Roberge faisait partie de not gang? Eh ben, 
c'était lui qu'était chargé de l'écurie, autrement dit de faire le train. Un bon garçon 
comme vous savez, Zèbe Roberge. Et comme je venions tous les deux de la même 
place, j'étions une paire d'amis, et le dimanche, dans les beaux temps, j'allions 
souvent fumer la pipe ensemble à la porte de l'étable, en prenant ben garde au feu, 
comme de raison.
-Père Jos, qu'y me dit un jour, croyez-vous aux lutins, vous?
-Aux lutins?
-Oui.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins Icon_minitimeJeu 13 Juin - 7:34

-Pourquoi c'que tu me demandes ça?
-Y croyez-vous?
-Dame, c'est selon, que je dis; c'est pas de la religion, ça: on n'est pas obligé 
d'y croire.
-C'est ce que je pensais étout moi, que dit Zèbe Roberge; je me disais aussi:
« C'est selon. » Eh ben, écoutez! c'est pas de la religion, c'est vrai; mais, que le
bon Dieu me le pardonne! je commence à y croire tout de même, moi.
-Aux lutins?
-Aux lutins!
-Tu dis ça pour rire?
-Pantoute! tenez, mettez-vous à ma place, père Jos. Tous les lundis matin,
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