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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:33

Rappel du premier message :

Les lutins


Histoire de chantiers
-Les lutins, les enfants? Vous demandez si je connais c'que c'est que les 
lutins? Faudrait pas avoir roulé comme moi durant trente belles années dans les 
bois, sus les cages et dans les chanquiers pour pas connaître, de fil en aiguille tout 
c'que y a à savoir sus le compte de ces espèces d'individus-là. Oui, Jos Violon 
connaît ça, un peu!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:34

-Pourquoi c'que tu me demandes ça?
-Y croyez-vous?
-Dame, c'est selon, que je dis; c'est pas de la religion, ça: on n'est pas obligé 
d'y croire.
-C'est ce que je pensais étout moi, que dit Zèbe Roberge; je me disais aussi:
« C'est selon. » Eh ben, écoutez! c'est pas de la religion, c'est vrai; mais, que le
bon Dieu me le pardonne! je commence à y croire tout de même, moi.
-Aux lutins?
-Aux lutins!
-Tu dis ça pour rire?
-Pantoute! tenez, mettez-vous à ma place, père Jos. Tous les lundis matin,
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:34

depuis quèque temps, j'ai beau me lever de bonne heure, devinez quoi c'que je 
trouve à l'écurie!
-Dame...
-Vrai comme vous êtes là, j'y comprends rien. Belzémire est déjà toute 
soignée, plein sa crèche de foin, plein sa mangeoire d'avoine, le poil comme un 
satin, mais tout essoufflée comme si a venait de faire quinze lieues d'une bauche.
-Pas possible!
-Ma grande vérité! Ça m'a chiffonné la comprenure d'abord; mais j'en ai pas 
fait trop de cas, parce que j'avais pas remarqué le principal; à la clarté d'un fanal, 
comme de raison, on peut pas tout voir. Ce qui m'a mis la puce à l'oreille, par 
exemple, c'est quand j'ai entendu, lundi dernier, France Lapointe qui disait à Pierre 
Fecteau: « Regarde-moi donc comme le grand Zèbe a soin de sa Belzémire! Si on 
dirait pas qu'y passe son dimanche à la pomponner pi à la babichonner! » En 
effette, père Jos, la polissonne de jument avait la crigne épi la queue peignées, 
ondées, frisottées, tressées, je vous mens pas, que c'en était... criminel. Je me dis 
en moi-même: « V'là queuque chose de curieux. Faudra surveiller c't'affaire-là. »
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:35

-As-tu ben surveillé?
-Toute la semaine suivante, père Jos.
-Et puis?...
-Rien!
-Et le lundi matin?
-Toujours la même histoire; la jument les flancs bandés comme un tambour; et 
le crin... Entrez voir, père Jos, il est pas encore défrisé.
Parole de Jos Violon, les enfants, en apercevant ça, y me passit comme une 
souleur dans le dos. J'appelle pus ça frisé: on aurait juré que la vingueuse de pouli-
che était pommadée comme pour aller au bal. Il y manquait que des pends-
d'oreilles avec une épinglette. On se demandait, nous deux Zèbe, c'que ça voulait
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:35

dire, quand on entendit, du côté de la porte, une voix qui nous traitait d'imbéciles. 
On se retourne, c'était Pain-d'épices qui venait d'entrer.
Pain-d'épices, les enfants (je sais pas si je vous en ai parlé) était une espèce 
d'individu qu'avait toujours la pipe au bec, un homme des Foulons qui s'appelait 
Baptiste Lanouette, mais que les camarades avaient surnommé Pain-d'épices, on 
sait pas trop pourquoi. Un bon garçon, je cré ben, mais un peu sournois, à ce qu'y 
me semblait. Il s'approchit de nous autres sus le bout des pieds, et nous soufflit à 
l'oreille:
-Vous voyez pas que c'est les lutins!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:35

-Hein!
-Vous voyez pas qu'elle est soignée par les lutins? C'est pourtant ben clair.
-J'étais justement en train de parler de d'ça au père Jos, qu'y dit.
-Tut, tut! fit Pain-d'épices, faut pas faire le capon comme ça. Y a pas de doute 
que y a quèque sortilège de c't'espèce-là au fond du sac... J'ai quasiment envie, 
moi, d'envoyer toute ma conçarne au... t'ont pas fait mal depuis le commencement 
de l'hiver, les lutins. Eh ben, laisse porter. C'est pas malfaisant, ni vlimeux. Parles-
en pas seulement. Si on se mêle pas de leux affaires, y a pas de soin avec eux 
autres. Je connais ça, moi, les lutins; j'en ai vu ben chux mon défunt père, qu'était 
charrequier.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:35

Je vous dirai ben, les enfants, c't'histoire-là me chicotait un peu.
-C'est ben correct tout ça, que je dis à Zèbe Roberge, le lendemain au soir. 
Mais ça me déplairait pas d'en voir, moi, des lutins. Y a pas de mal; c'est pas 
dangereux; et pi j'ai entendu dire que quand on pouvait en poigner un, c'était 
fortune faite; de l'argent à jointées! Quand c'est une femelle surtout - c'est ce 
qu'est arrivé à un gros marchand de la Rivière-Ouelle - on peut l'échanger pour un 
baril plein d'or. Dis donc, Zèbe, si on était assez smart, tu comprends...
Zèbe avait commencé d'abord par faire la grimace; mais quand il entendit 
parler du baril plein d'or, je vis que ça commençait à y tortiller le caractère. Enfin, 
pour piquer au plus court, on décidit de se cacher tous les deux dans l'étable, le 
dimanche au soir, et de watcher les diablotins quand ils viendraient faire leux 
manigances avec la Belzémire.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:35

Comme de faite, le dimanche au soir arrivé, dès sept heures et demie, nous 
v'lont nous deux, Zèbe Roberge, accroupis d'un coin de l'écurie, derrière un quart 
de son pi deux bottes de paille, pendant que not' fanal (faullait ben voir clair, 
c'pas) paraissait avoir été oublié sus sa tablette, en arrière de la pouliche.
On fut pas longtemps à l'affût. Il était pas encore huit heures, quand on 
entendit comme une espèce de petit remue-ménage qu'avait l'air de venir dret
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:35

d'au-dessour de nous autres. Nous v'lont partis à trembler comme deux feuilles; on 
a beau être brave, c'pas...
Jos Violon pi une poule mouillée, ça fait deux, vous savez ça; eh ben, je sais 
pas ce qui me retint de prendre la porte pi de me sauver. Faut que ça soit Zèbe, qui 
me retint, parce que je m'aperçus qu'il avait la main frette comme un glaçon. Je le 
crus sans connaissance. Surtout quand je vis, à deux pas de not' cachette, devinez 
quoi, les enfants! un des madriers du plancher qui se soulevait tout doucement 
comme s'il avait été poussé par en-dessour. Ça pouvait pas être des rats: on fit un 
saut, comme de raison. Crac! v'là le madrier qui se replace, tout comme 
auparavant. Je crus que j'avais rêvé.
-As-tu vu? que je dis tout bas à Zèbe.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:35

C'est à peine s'il eût la force de me répondre:
-Oui, père Jos; j'sommes finis, ben sûr!
-Bougeons pas! que je dis, pendant que Zèbe, qu'était un bon craignant Dieu, 
faisait le signe de la croix des deux mains.
Tout d'un coup, v'là la planche qui recommence à remuer; épi nous autres à 
regarder. C'te fois-citte on avait not' en belle: le trou se montrait tout à clair à la 
lueur de not' fanal. D'abord on vit r'soudre le bout à pic d'un chapeau pointu, puis 
un grand rebord à moitié rabattu sus quèque chose de reluisant comme une braise, 
qui nous parut d'abord comme une pipe allumée, mais que je compris plus tard être 
c't'espèce d'oeil flambant que ces races-là ont dans le milieu du front. Sans ça, ma 
grand' conscience du bon Dieu, j'aurais quasiment cru reconnaître Pain-d'épices 
avec son brûle-gueule. C'que c'est que l'émagination! j'crus même l'entendre 
marmotter: « Quins, Zèbe qu'a oublié d'éteindre son fanal! »
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:36

Je fis ni une ni deux, mis la main dans ma poche pour aveindre mon chapelet. 
Bang! v'là mon couteau à ressort qui timbe par terre, Zèbe qui jette un cri, le 
chapeau pointu qui disparaît, et moi qui prends la porte et pi mes jambes, suivi par 
mon associé, qu'était loin de penser aux jointées d'argent et aux barils pleins d'or, 
je vous en signe mon papier.
Vous pouvez ben vous imaginer, les enfants qu'on fut pas pressé de parler de 
notre aventure. Y avait pas de danger qu'on risquît de se mettre dans les pattes de 
c'te société infernale qu'on avait eu juste le temps de voir en échantillon. On savait 
c'qu'on voulait savoir, c'pas; c'était pas la peine de mettre toute la sarabande à nos 
trousses. On laissit marcher les affaires tel que c'était parti.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Les lutins   Jeu 13 Juin - 7:36

Tous les lundis matin, Zèbe trouvait Belzémire ben soignée, et sa toilette faite. 
Ça fut ben pire au jour de l'an, par exemple; ce jour-là pas de Belzémire! a reparut 
dans son part que le lendemain matin, fraîche comme une rose. Quoi c'quelle était 
devenue pendant ce temps-là? Pain-d'épices, qu'avait passé la journée à la chasse,

nous jurit sus sa grand' conscience, qu'il l'avait vue filer au loin par-dessus les 
âbres comme si le diable l'avait emportée.
Je m'informais de temps en temps de ce qui se passait; mais sitôt que j'ouvrais 
la bouche là-dessus:
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