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 Alfred Garneau (1836-1904) Premières pages de la vie. La variole.

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MessageSujet: Alfred Garneau (1836-1904) Premières pages de la vie. La variole.   Mar 18 Juin - 21:27

La variole.

Quand la tempête ploie
Chaque arbre ainsi qu'un jonc
Et broie
Les branches sur son tronc.
Mais un rayon essuie
Bientôt dans les rameaux
La pluie;
L'air se remplit d'oiseaux.
Hélas! pour moi l'orage
N'a-t-il pas épuisé
Sa rage?
Oh! que je suis brisé!
Je ne vois que ténèbres,
Et je n'entends que cris
Funèbres ! .
Ha, ha!... je ris, je ris.
Le rire étreint mes joues
Et je sens de nouveau
Des roues
Tourner dans mon cerveau.
Ha! Ha! elle chancelle
Ma raison, elle bat
De l'aile,
Et tombe et se débat.


Quels fantômes m'obsèdent?
Arrière! je vous vois.
Ils cèdent
Aux éclats de ma voix.
Non, non, non, ils reviennent.
Sur mes yeux deux yeux gris
Se tiennent.
Ha! ha! je ris, je ris.
Est-ce encore un vertige?
Mes efforts sont-ils vains?
Ne puis-je
La broyer dans mes mains?
Cette araignée ardente
À me couvrir de fils
Qui tente
D'emmêler tous mes cils.
Son oeil fixe regarde;
Ses cent bras sont levés...
Dieu garde
Mes yeux d'être crevés.
Arrière, arrière, louve!
Comme son oeil fatal
Me couve!
Arrière, esprits du mal!

Arrière, une ombre humaine
Penchée au milieu d'eux
Promène
La flamme de ses yeux.
Si tu n'es pas de roche,
Ô toi, souffre qu'ici
J'approche
Ce drap de mon sourcil.
L'horreur étreint mes joues
Et je sens de nouveau
Des roues
Tourner dans mon cerveau.
Abbé, je vous adresse
Ce voeu: dites pour moi
La Messe!
Car je me meurs d'effroi.
Abbé, si je succombe,
Que l'on couvre à foison
Ma tombe
De terre et de gazon;
Et, dans l'étroite enceinte,
Versez aux quatre coins
L'eau sainte,
Abbé, pour que du moins,


Aucun regard de braise
Qui trouble le repos
Ne pèse
Alors sur mes yeux clos!...
Sous un vieux toit qui tremble
Hier, le mal a surpris
Ensemble
Une mère et son fils.
Les dormants cimetières
Auront dû recevoir
Leurs bières
À l'approche du soir.
La femme est morte comme
S'en revenait des bois
Son homme
Après plus de six mois.
En entrant dans la rue,
Le jeune bûcheron
Salue
Du regard sa maison.
Quelle joie!... il se hâte,
Car son coeur le piquait;
Il tâte
Doucement le loquet.


Riant dans son poil sombre:
- Femme! dit-il du seuil...
Dans l'ombre
Reposait le cercueil...
Depuis le matin pâle
Depuis l'heure où survint
Mon râle
Qui fit dire: il s'éteint!
La joue humide et blanche,
Celle que j'aime tant
Se penche
Dans mon regard flottant.
Vois, je suis sans délire:
Regarde-moi, je peux
Sourire
Au baiser - de tes yeux.
Paix au beau front d'opale!
Demain tu me verras
Moins pâle,
Soulevé sur mon bras.
Folle était notre plainte...
Et d'abord j'ai pâli
De crainte
En te voyant un pli


Au front, signe d'alarmes,
Et quand j'ai vu jaillir
Tes larmes,
J'ai pensé défaillir.
Mais toi, vraiment la cause
De ton angoisse est peu
De chose.
Quoi! mes tempes en feu.
Et notre belle joie,
Veux-tu que dans tes pleurs
Se noie
Ce rire de nos coeurs?
Dans ce monde morose,
Jouir d'un éden bleu
Et rose
C'est ton rêve - et mon voeu...
L'aube refleurit-elle?
Dis-moi si la lueur
Nouvelle
Rougit dans la vapeur.
Dis-moi, de ma fenêtre
Vois-tu le jour si beau
Renaître?
Lève bien le rideau,


Que le soleil, chère âme,
D'un vif et joyeux jet
De flamme
Empourpre mon chevet...
Grands enfants que nous sommes,
Où donc sont-elles, dis,
Les pommes
Du Dieu du paradis?
Moi, qu'étais-je? un brin d'herbe
Heureux, faible, petit.
- Superbe:
Du ciel tombe, une nuit,
La goutte d'eau légère,
Me voilà tout plié.
Ma chère,
Nous l'avions oublié...
Chut!... ma raison, sois forte!
Ces petits pas... ce bruit
De porte...
Ce murmure qui fuit,
Oui, mon coeur qui s'incline
- Ne le lui dites pas -
Devine
Qui sont ces petits pas.


Passez au loin, passez
Il le faut: qu'on m'évite !
Dieu! je vous ai chassés,
Bien vite!

Vous, mes beaux anges frêles
Dont j'ai senti souvent
Les ailes
Dans un embrassement!

O mal qui désespères
Tant d'êtres chers et doux,
Soeurs, pères,
Épouses à genoux,

Ma lèvre violette
Où saigne ton sillon
Te jette
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Alfred Garneau (1836-1904) Premières pages de la vie. La variole.
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