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 Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:47

VI La Ruelle D’Éliante.

Éliante, le duc Alcindor
ALCINDOR. -Incomparable Éliante, vous voyez
devant vous le plus humble de vos sujets que le grand
désir qu’il avait de déposer ses hommages sur les
marches de votre trône a poussé jusqu’à la dure
nécessité de se rendre importun.
ÉLIANTE. -Duc, je vous ferai observer que je suis
couchée et non sur un trône, et je vous demanderai en
même temps pardon de ne pas vous recevoir debout.
ALCINDOR. -Est-ce que le lit n’est pas le trône des
jolies femmes ? Quant à ce qui est de ne pas me
recevoir debout, j’espère que vous me permettrez de
considérer cela comme une faveur.
ÉLIANTE. -Au fait, vous m’y faites penser, je vous
défends, Alcindor, de regarder comme une faveur d’être
admis dans ma ruelle ; vous êtes un homme si
pointilleux, qu’il faut prendre ses précautions avec
vous.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:47

ALCINDOR. -Méchante, vous fûtes toujours pour
moi de la vertu la plus ignoble, et cependant Dieu sait
que j’ai toujours nourri à votre endroit la flamme la plus
vive. Vous me faites sentir des choses...
ÉLIANTE. -Alcindor, quand vous parlerez de votre
flamme, allumez un peu votre oeil et tâcher d’avoir un
débit un peu moins glacial ; on dirait que vous avez
peur d’être pris au mot.
ALCINDOR. -Vous dites là des choses affreuses ;
Éliante, il en faudrait dix fois moins pour perdre un
homme de réputation. Heureusement que de ce côté-là
je suis à couvert. Je vous ferai voir...
ÉLIANTE. -On ne veut point voir.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:47

ALCINDOR, prenant un livre sur la table. -Qu’est
ceci ? encore une production nouvelle ? quelque
rapsodie ? Messieurs les auteurs sont vraiment des
animaux malfaisants. Est-ce que vous recevez de ces
espèces-là ?
ÉLIANTE. -Mon Dieu ! non. J’ai deux poètes qui
couchent à l’écurie et mangent à l’office. Ils me font
remettre ce fatras par Fanchonnette, qu’ils appellent Iris
et Vénus.
ALCINDOR, se rapprochant du lit. -Au vrai, la
cornette de nuit vous va à ravir, et vous êtes charmante
en peignoir.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:47

ÉLIANTE. -Oh ! non, je suis laide à faire peur.
ALCINDOR. -Je vous demande un million de
pardons de vous donner un démenti, mais cela est de la
plus insigne fausseté. Dussé-je me couper la gorge avec
vous, je ne me rétracterai pas.
ÉLIANTE. -Je dois avoir la figure toute renversée ;
je n’ai pas fermé l’oeil.
ALCINDOR. -Vous avez une fraîcheur de dévote et
de pensionnaire. Je vous trouve les yeux d’un lumineux
particulier. Est-ce que vous étiez d’un petit souper chez
la baronne ? On dit que tout y a été du dernier mieux.
L’abbé surtout était impayable, à ce qu’on dit. Je me
meurs de chagrin de ne pas m’être rendu à l’invitation
de cette chère baronne, mais on ne peut pas être partout.
Ce que je crève de chevaux est incroyable ; mon
coureur est sur les dents, et je ne sais vraiment pas
comment j’y résiste. Ah ! vous étiez de cette partie ?
D’honneur ! je vais m’aller pendre ou me jeter à l’eau
en sortant d’ici de ne l’avoir pas deviné.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:47

ÉLIANTE. -La marquise y est venue avec un petit
chien que je ne lui connaissais pas, un bichon de la plus
belle race, je n’en ai jamais vu un pareil ! il s’appelle
Franfreluche. Ô l’amour de chien ! Duc, quelle est donc
la cause qui vous faisait tant désirer de me voir ?
ALCINDOR. -Je voulais vous voir ; n’est-ce pas un
excellent motif ?
ÉLIANTE. -Si fait, très excellent. Mais n’aviez-vous
point quelque chose de plus important à me dire ?
ALCINDOR. -Pardieu ! je désirais vous faire ma
déclaration en règle et m’établir en qualité de soupirant
en pied auprès de vos perfections.
ÉLIANTE. -Vous extravaguez, duc ; vous savez tout
aussi bien que moi que vous n’êtes pas amoureux le
moins du monde.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:47

ALCINDOR. -Ah ! belle Éliante, figurez-vous que
j’ai le coeur percé de part en part ; regardez plutôt
derrière mon dos, vous verrez la pointe de la flèche.
ÉLIANTE. -Une physionomie intéressante au
possible ; des soies longues comme cela, des marques
de feu, des pattes torses. Oh ! mon Dieu ! je crois que je
deviendrai folle, si je n’ai un bichon pareil ; mais il n’en
existe pas !
ALCINDOR. -Je vous aime, là, sérieusement.
ÉLIANTE. -Une queue en trompette.
ALCINDOR. -Je vous adore !
ÉLIANTE. -Des oreilles frisées.
ALCINDOR. -Ô femme divine !
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:48

ÉLIANTE. -Ô charmant animal ! L’abbé dit qu’il
parle hébreu. Mon Dieu ! que je suis malheureuse ! il
danse si bien ! Je déteste cette marquise ; c’est une
intrigante, et elle a de faux cheveux.
ALCINDOR. -Que faut-il faire pour vous consoler ?
faut-il traverser la mer, sauter à pieds joints sur les tours
Notre-Dame ? C’est facile, parlez.
ÉLIANTE. -Je ne veux que Fanfreluche ; je n’ai eu
dans ma vie qu’un seul désir violent, et je ne puis le
satisfaire. Je crois que j’en aurai des vapeurs ; ah les
nerfs me font déjà un mal affreux. Duc, passez-moi les
gouttes du général Lamothe. Tenez, ce flacon sur la
table... je me sens faible.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:48

ALCINDOR, lui faisant sentir le flacon. -
L’admirable tour de gorge que vous avez là ! c’est du
point de Malines ou de Bruxelles, si je ne me trompe.
ÉLIANTE. -Alcindor ! finissez ; vous m’agacez
horriblement. Ah ! j’embrasserais de bon coeur le
diable, mon mari lui-même, s’il paraissait ici avec
Fanfreluche sous le bras !
ALCINDOR. -C’est fort ! Dans le même cas serais-je
plus maltraité que le diable et votre mari ?
ÉLIANTE. -Non ; peut-être mieux. C’est mon
dernier mot. Sonnez Fanchonnette, qu’elle vienne me
lever et m’habiller.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise. VI La Ruelle D’Éliante.   Dim 28 Juil - 12:48

ALCINDOR. -Je vous obéis, madame. Ma foi ! le
sort en est jeté, je me fais voleur de chien.
Ô mes aïeux, pardonnez-moi ! Jupiter s’est bien
changé en oie et en taureau ; c’était déroger encore
plus. L’amour se plaît à réduire les plus hauts courages
à ces dures extrémités. Adieu, madame, au revoir, je
vais à la conquête de la toison d’or.
ÉLIANTE. -Adieu. Cupidon et Mercure vous soient
en aide ! Ayez bien soin de ne revenir qu’avec
Fanfreluche, ou je vous annonce que je vous recevrai en
tigresse d’Hyrcanie, à belles dents et à belles griffes.
Voilà Fanchonnette ; bonsoir, duc.
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