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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:08

Rappel du premier message :

Tom Caribou



Cric, crac, les enfants! Parli, parlo, parlons! Pour en savoir le court et le long, 
passez l'crachoir à Jos Violon. Sacatabi, sac-à-tabac! A la porte les ceuses 
qu'écouteront pas!
Est-il besoin de dire que le conteur qui débutait ainsi n'était autre que Jos 
Violon lui-même, mon ami Jos Violon, qui présidait à une veillée de contes, la 
veille de Noël au soir, chez le père Jean Bilodeau, un vieux forgeron de notre 
voisinage.
Pauvre vieux Jean Bilodeau, il y a maintenant plus de cinquante ans que j'ai 
entendu résonner son enclume, et il me semble le voir encore assis à la porte du 
poêle, les coudes sur les genoux, avec le tuyau de son brûle-gueule enclavé entre 
les trois incisives qui lui restaient.
Jos Violon était un type très amusant, qui avait passé sa jeunesse dans les 
chantiers de «bois carré », et qui n'aimait rien tant que de raconter ses aventures 
de voyages dans les «pays d'en haut », comme on appelait alors les coupes de bois 
de l'Ottawa, de la Gatineau et du Saint-Maurice.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:12

-Mais c't'égal, qu'on se dit, faut toujours le sarcher.
C'était pas aisé de le sarcher, vu qu'il avait pas neigé depuis plusieurs jours, et 
qu'y avait des pistes éparpillées tout alentour de la cabane, et jusque dans le fond 
du bois, si ben encroisaillées de tout bord et de tout côté, que y avait pas moyen de 
s'y reconnaître.
Chanceusement que le boss avait un chien ben smart: Polisson, qu'on 
l'appelait par amiquié.
-Polisson, sarche! qu'on y dit.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:12

Et v'là Polisson parti en furetant, la queue en l'air, le nez dans la neige; et 
nous autres par derrière avec un fusil à deux coups chargé à balle.
On savait pas ce qu'on pourrait rencontrer dans le bois, vous comprenez ben.
Et je vous dis, les enfants, que j'avions un peu ben fait de pas oublier 
c't'instrument-là, comme vous allez voir.
Dans les chantiers faut des précautions.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:12

Un bon fusil d'une cabane, c'est sans comparaison comme le cotillon d'une 
créature dans le ménage. Rappelez-vous ben ça, les enfants!
Toujours que c't'fois-là, c'est pas à cause que c'est moi qui le manoeuvrais, 
mais je vous persuade qu'il servit à queuque chose, le fusil.
Y avait pas deux minutes qu'on reluquait à travers les branches, que v'là not' 
chien figé dret sus son derrière, et qui tremblait comme une feuille.
Parole de Jos Violon, j'crois que si le vlimeux avait pas eu honte, y revirait de 
bord pour se sauver à la maison.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:12

Moi, je perds pas de temps, j'épaule mon ustensile, et j'avance...
Vous pourrez jamais vous imaginer, les enfants, de quoi t'est-ce que j'aperçus 
dret devant moi, dans le défaut d'une petite coulée là où c'que le bois était un peu 
plus dru, et la neige un peu plus épaisse qu'ailleurs.
C'était pas drôle! je vous en signe mon papier.
Ou plutôt, ça l'aurait ben été, drôle, si ç'avait pas été si effrayant.
Imaginez-vous que not' Tom Caribou était braqué dans la fourche d'un gros 
merisier, blanc comme un drap, les yeux sortis de la tête, et fisqués sus la 
physiolomie d'une mère d'ourse qui tenait le merisier à brasse-corps, deux pieds 
au-dessous de lui.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:12

Batiscan d'une petite image! Jos Violon est pas un homme pour cheniquer 
devant une crêpe à virer, vous savez ça; eh ben le sang me fit rien qu'un tour 
depuis la grosse orteil jusqu'à la fossette du cou.
-C'est le temps de pas manquer ton coup, mon pauvre Jos Violon, que je me 
dis. Envoie fort, ou ben fais ton acte de contorsion!

Y avait pas à barguiner, comme on dit. Je fais ni une ni deux, vlan! Je vrille 
mes deux balles raide entre les deux épaules de l'ourse.
La bête pousse un grognement, étend les pattes, lâche l'âbre, fait de la toile, et 
timbe sus le dos les reins cassés.
Il était temps.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:13

J'avais encore mon fusil à l'épaule, que je vis un autre paquet dégringoler de 
l'âbre.
C'était mon Tom Caribou, sans connaissance, qui venait s'élonger en plein 
travers de l'ourse les quat' fers en l'air, avec un rôdeux de coup de griffe dans le 
fond... de sa conscience, et la tête... devinez, les enfants!... La tête toute blanche!
Oui, la tête blanche! la crignasse y avait blanchi de peur dans c'te nuit-là, aussi 
vrai que je vas prendre un coup tout à l'heure, avec la grâce du bon Dieu et la 
permission du père Bilodeau, que ça lui sera rendu, comme on dit, au sanctus.
Oui, vrai! le malvat avait vieilli au point que j'avions de la misère à le 
reconnaître.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:13

Pourtant c'était ben lui, fallait pas l'ambâdonner.
Vite, on afistole une estèque avec des branches, et pi on couche mon homme 
dessus, en prenant ben garde, naturellement, au jambon que l'ourse y avait 
détérioré dans les bas côtés de la corporation; et pi on le ramène au chantier, à 
moitié mort et aux trois quarts gelé raide comme un saucisson.
Après ça, dame, il fallait aussi drayer l'ourse jusqu'à la cambuse.
Mais vlà-t-y pas une autre histoire!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:13

Vous traiterez Jos Violon de menteur si vous voulez, les enfants; c'était pas 
croyable, mais la vingueuse de bête sentait la boisson, sans comparaison comme 
une vieille tonne défoncée; que ça donnait des envies de licher l'animal, à ce que 
disait Titoine Pelchat.
Tom Caribou avait jamais eu l'haleine si ben réussie.
Mais, laissez faire, allez, c'était pas un miracle.
On comprit l'affaire quand Tom fut capable de parler, et qu'on apprit ce qui 
était arrivé.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:14

Vous savez, les enfants - si vous le savez pas, c'est Jos Violon qui va vous le 
dire - que les ours passent pas deux hivers à travailler aux chantiers comme nous 
autres, les bûcheux de bois carré, autrement dits voyageurs.
Ben loin de travailler, c'te nation-là pousse la paresse au point qu'ils mangent 
seulement pas.
Aux premières gelées de l'automne, y se creusent un trou entre les racines d'un 
âbre, et se laissent enterrer là tout vivants dans la neige, qui fond par-dessour, de 
manière à leux faire une espèce de réservoir, là y où c'qu'ils passent leux
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:14

hivernement, à moitié endormis comme des armottes, en se lichant les pattes en 
guise de repas.
Le nôtre, ou plutôt celui de Tom Caribou, avait choisi la racine de ce merisier-
là pour se mettre à l'abri, tandis que Tom Caribou avait choisi la fourche... je vous 
dirai pourquoi tout à l'heure.
Seulement - vous vous rappelez, c'pas, que le terrain allait en pente - Tom 
Caribou, c'qu'était tout naturel, rejoignait sa fourche du côté d'en-haut; et l'ourse, 
c'qu'était ben naturel étout, avait creusé son trou du côté d'en-bas, où c'que les 
racines étaient plus sorties de terre.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Tom Caribou   Jeu 13 Juin - 7:14

Ce qui fait que les deux animaux se trouvaient presque voisins, m'a dire 
comme on dit, sans s'être jamais rencontrés. Chacun s'imaginait qu'il avait le 
merisier pour lui tout seul.
Vous allez me demander quelle affaire Tom Caribou avait dans c'te fourche.
Eh ben, dans c'te fourche y avait un creux, et dans ce creux notre ivrogne avait 
caché une cruche de whisky en esprit qu'il avait réussi à faufiler dans le chantier, 
on sait pas trop comment.
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