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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille V

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille V   Jeu 13 Juin - 10:17

V
Comme on le pense bien, l’esprit d’Oneille n’était pas moins intarissable
dans son atelier de coiffeur.
Un de ses clients arrive un matin, très pressé:
- Père Oneille, dit-il en entrant, pouvez-vous me raser en un temps et
deux mouvements?
- Ça dépend, répond le vieux; pourvu que vous me laissiez prendre le
temps pour faire les mouvements.
Le lendemain, c’est un jeune blanc-bec dont les joues s’estompent à
peine d’un duvet de pêche, qui lui demande le prix d’une barbe...
Oneille le fait asseoir, lui enveloppe le cou d’une serviette, lui passe le
blaireau plein de mousse blanche sous le nez, promène rapidement son
rasoir sur le cuir, puis s’assied, prend une gazette et s’absorbe.
- Eh bien, fait le jeune étourneau, que faites-vous là?
- Vous le voyez, je lis.
- Et ma barbe?
- Parbleu, j’attends qu’elle pousse.
Il se faisait beaucoup d’inhumations, autrefois, dans le sous-sol des
églises, et les fidèles qui fréquentaient la cathédrale de Québec se
demandaient, depuis un certain temps, si cela ne pouvait pas avoir quelque
effet anti-hygiénique.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille V   Jeu 13 Juin - 10:17

On s’imaginait même sentir des émanations cadavériques, et les
nombreuses plaintes qui arrivaient aux oreilles des autorités provoquèrent
une enquête.
Naturellement le bedeau fut appelé à donner son témoignage, et on lui
fit subir un interrogatoire pressant;
- Avez-vous jamais senti quelque odeur dans l’église? lui demanda-t-
on.
- Des odeurs dans l’église? oh! oui, Monsieur!
- Quelle espèce d’odeurs?
- Ah! Monsieur, pas toujours de l’encens, allez.
- D’où cela semblait-il venir?
- Cela semblait venir de par en-bas, Monsieur.
- Avez-vous senti cela souvent?
- Oh! oui, Monsieur, surtout le dimanche et les jours de grand’messe.
- Qu’en concluez-vous?
- J’en conclu que ces odeurs-là viennent bien plus des vivants que des
morts!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille V   Jeu 13 Juin - 10:17

Comme c’étaient les élèves du petit séminaire qui servaient les messes à
la cathédrale, quelques-uns d’entre eux, pour se donner des airs,
s’aventuraient parfois à plaisanter le vieux bedeau.
Mal leur en prenait la plupart du temps.
Un de ces jeunes gens voulut un jour tenter la partie.
- Dites donc, père Oneille, hasarda-t-il, pourriez-vous bien me dire
quelle est la différence entre des oeufs au persil et un bedeau à perruque?
- Ah! ça, mon ami, fait le bonhomme en se grattant l’oreille, c’est bien
embarrassant ce que tu me demandes là. Allons, explique-toi, je jette ma
langue aux chiens.
- Eh bien, reprend le potache triomphant, des oeufs au persil font une
omelette, et un bedeau à perruque fait un homme laid.
- Tiens, tiens, ça n’est pas bête du tout, ça. Mais, à mon tour, petit. Saistu
la différence qu’il y a entre un érable bien entaillé et un collégien mal
appris?
- Non!
- Je sais, moi, dit maître Oneille. Écoute: un érable bien entaillé
dégoutte jusqu’à l’été; et un écolier polisson dégoûte... jusqu’au bedeau.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille V   Jeu 13 Juin - 10:17


J’ai connu cet élève, qui fut plus tard homme politique éminent, et
même lieutenant-gouverneur quelque part.
Il m’a affirmé n’avoir jamais eu l’envie de recommencer.
J’ai dit, au début, qu’Oneille était un Gaulois doublé d’un philosophe.
Le trait suivant en donnera la preuve.
Un soir d’hiver, le tocsin - seul avertisseur à incendies du temps -
appela les pompiers rue Saint-François.
La maison d’Oneille flambait.
- Le feu est chez Oneille! criait-on, allons lui porter secours!
On le trouva à l’entrée de la rue, les bras croisés, et qui regardait en
souriant les tourbillons de flamme et de fumée monter vers le ciel.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille V   Jeu 13 Juin - 10:18

- Mais ce n’est donc pas chez vous qu’est le feu, père Oneille?
- Si.
- Mais vous n’avez pas l’air de vous en occuper...
- Moi, ça m’est bien égal; il n’y a que ma femme...
- Qui se désole? Certes...
- Pas du tout, ça lui fait plaisir.
- Ah bah!
- Parole d’honneur! les punaises l’embêtaient depuis longtemps, ça
règle l’affaire.
Or celui qui prenait les choses avec ce stoïcisme bon enfant perdait, ce
soir-là, à peu près tout son petit avoir.
Le brave homme a d’ailleurs, comme je l’ai dit plus haut, badiné
jusqu’au seuil de l’éternité.
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