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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 7:54

II 
L’original s’appelait Jean-Baptiste Oneille. 
Il cumulait les fonctions de bedeau de la cathédrale avec celles de 
barbier de l’évêché. 
Ce double poste, il l’occupa successivement sous Mgr Plessis, sous Mgr 
Panet et sous Mgr Signaï, jusqu’à sa mort, - environ une cinquantaine 
d’années en tout. 
Un peu à cause de son nom qui, pour la forme, ressemble à celui 
d’O’Neil, et peut-être aussi à cause de sa tournure d’esprit qui tenait 
beaucoup de ce qu’on appelle l’Irish wit, on a cru longtemps qu’Oneille 
était d’origine irlandaise. 
Le Dictionnaire Généalogique de Mgr Tanguay est venu démontrer, 
depuis, qu’Oneille était français et bien français. 
Son père, Pierre Onel, - c’est l’épellation que donnent les anciens 
registres - perruquier, de Talmès, en Bourgogne, était venu s’établir dans le 
pays en 1753.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 7:58

Jean-Baptiste était né trois ans après, et avait embrassé la profession 
paternelle, qu’il exerça toute sa vie à Québec, où ses bons mots, ses 
reparties, ses spirituelles saillies, ses fumisteries inoffensives et son 
inénarrable gaieté lui ont fait une réputation qui dure toujours. 
Doué d’une vivacité d’esprit extraordinaire, et d’une originalité de 
caractère qu’accentuait encore la plus drolatique figure qui se puisse 
imaginer, il fit les délices de plusieurs générations québecquoises, tant dans 
le clergé que dans le monde des laïques.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 7:59

Partout où il se montrait, il était irrésistible. 
Demandez à ceux qui l’ont connu, si Oneille a jamais été pris sans vert. 

  
Ce Gaulois était en outre doublé d’un philosophe. 
Nul n’a pris la vie plus allègrement que lui; nul plus que lui n’a 
envisagé l’existence par son côté plaisant, dans la double acception du mot. 
Jamais contrariété n’a su altérer sa bonne humeur; jamais déconvenue, 
jamais malheur même - car l’infortune a quelquefois frappé à sa porte - n’a 
pu déconcerter la sérénité de son heureuse nature. 
Le fait est qu’il ne fut jamais si amusant que sur son lit de mort. 
On cite de lui je ne sais quelles centaines d’anecdotes plus ou moins 
désopilantes. Il y en aurait de quoi faire un volume. 
Malheureusement la plupart sont trop lestes ou trop grasses pour 
pouvoir être rapportées ici.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 9:47

C’est à peine si l’on peut signaler par-ci par-là quelques traits de cet 
esprit si prompt à la riposte, et si fécond en charges divertissantes. 
Sa vie tout entière fut une plaisanterie perpétuelle. 
En 1784, on le trouve marié à une excellente femme du nom de Thérèse 
Aide-Créquy, et habitant une maison située à l’extrémité supérieure de la 
petite rue Saint-François, aujourd’hui rue Ferlantd, ainsi nommée d’après 
l’éminent historien. 

La noce - ce qui ne surprendra personne - n’avait été qu’une longue 
suite de drôleries.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 9:47

Impossible, naturellement, de tout raconter.
À la lecture du contrat, le notaire lui-même dut renoncer à soutenir la
réputation de gravité traditionnelle dans sa profession.
Ce fut un éclat de rire d’un bout à l’autre.
- Comment! objectait Oneille du ton le plus sérieux du monde;
comment, vous dites « dans le cas où il y aurait des enfants! » Ce doute me
fait injure. Il y aura des enfants, monsieur le notaire. Mettez qu’il y en aura!
Après avoir signé, il passa la plume à sa future avec un gros soupir; et
quand celle-ci eut à son tour apposé sa griffe, il s’écria d’un accent
désespéré:
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 9:47

- Me voilà donc condamné à m’ennuyer toute ma vie!
- Comment cela, mon ami? s’écria la jeune mariée toute surprise.
- Dame, écoute: l’Évangile dit que les époux ne forment plus qu’un. Or,
quand on n’est qu’un, on est tout seul; et quand je suis tout seul, moi, je
m’ennuie!

Dès les premiers jours de son ménage, le fin matois trouva le moyen
d’éviter une corvée qui l’aurait fait pester au moins deux fois par semaine
pour tout le reste de son existence.
- C’est aujourd’hui jour de marché, lui dit sa femme, un bon matin;
nous manquons de beurre, il faut aller en chercher, n’est-ce pas?
- Volontiers, ma chère.
- As-tu de l’argent?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 9:47

- Jamais de la vie, c’est contre mes principes.
- Alors voici vingt-cinq francs en or (on comptait encore par francs à
cette époque); tu feras changer.
- Parfait.
Et voilà le nouveau marié parti pour le marché, un panier au bras.
Dix minutes après, il rentrait en disant:
- J’en ai pris trois livres; tiens, nous en avons pour longtemps.
- Très bien; et la monnaie?
- Quelle monnaie?
- La monnaie des vingt-cinq francs donc!
- La monnaie des vingt-cinq francs?
- Eh bien, oui, qu’en as-tu fait?
- Ce que j’en ai fait?
- Oui; vas-tu parler!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 9:48

- Je ne sais pas, moi... Je n’en ai rien fait... On ne m’en a pas remis...
- Comment! tu n’as pas rapporté de monnaie! Tu as donné un vingtcinq
francs tout rond pour trois livres de beurre! Eh bien, c’est du propre.
Plus que ça d’hommes d’affaires... Tu n’es pas près d’y retourner au marché,
mon homme. C’est moi qui me charge de la besogne.
C’était tout ce que le farceur voulait.
Il baissa la tête d’un air confus, mais riant dans ses barbes, - fier d’avoir
si bien réussi.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 9:48

Sa femme - qui fit toujours le marché par la suite - répétait souvent:
- C’est bien étrange; Jean-Baptiste est intelligent, tout le monde le dit.
Eh bien, il ne sait pas compter l’argent; jamais il n’a pu faire le marché.
La bonne dame avait sans doute épousé le bedeau de Québec pour ses
autres qualités, mais à coup sûr elle ne l’avait pas aimé pour les charmes de
sa personne.

Il était d’une laideur épique.
Non pas, il est vrai, de cette laideur repoussante qui unit la bassesse de
l’expression à la hideur des traits; mais de cette laideur comique, burlesque,
qui attire les regards et provoque l’hilarité.
Il avait de petits yeux gris, bridés, louchant ou biglant à volonté, et si
bien maîtrisés que souvent l’un des deux riait à vous faire éclater, pendant
que l’autre pleurait à chaudes larmes.
Ses yeux, du reste, n’étaient pas seuls à posséder cette étrange faculté de
rire et pleurer simultanément; il en était de même pour son visage tout
entier.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués. Oneille II   Jeu 13 Juin - 9:48

Quand il le voulait, d’un côté, c’était Héraclite, et de l’autre, Démocrite,
et vice versa.

Au milieu de cette bizarre combinaison, s’épatait un nez retroussé
comme le pavillon d’un cor de chasse, au-dessus d’une lèvre supérieure qui
semblait s’allonger avec effort pour maintenir une position normale.
Ajoutons une perruque rouge queue de vache, hirsute, mal peignée, qui
ne sut jamais tenir en place; et l’on aura une légère idée des attraits
physionomiques de notre héros, au moins sur ses vieux jours.
J’ai dit que cette perruque était rousse; entendons-nous, elle ne le fut
pas toujours.
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