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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:56

V

 
Je l’ai donné à entendre plus haut, Marcel Aubin n’était pas accueilli 
partout avec le même empressement. 
Chez mon père surtout, il était reçu avec une froideur non dissimulée. 

  
Mon père n’aimait pas les farceurs, et avait en horreur les désoeuvrés; 
jugez de l’estime toute particulière qu’il entretenait pour Marcel Aubin! 
Son nom seul le crispait. 
J’en étais au désespoir, car cela me privait des moments de gaieté que 
m’aurait procurés une connaissance plus intime avec un homme doué, dans 
mon opinion - était-ce le futur poète qui se révélait? - d’un talent qui le 
mettait, à mes yeux, bien au-dessus du commun des mortels. 
Je déplorais l’aveuglement de mes parents.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:56

Je trouvais mon père misérablement préjugé, et ma mère me semblait 
incapable d’apprécier les belles choses dont Marcel Aubin favorisait des 
gens bien au-dessous de nous, à mon avis! 
Cela m’humiliait. 
Un jour que père et mère étaient absents, et que ma grand’mère avait été 
chargée de la garde de la maison, je sollicitai d’elle la permission d’inviter 
quelqu’un à dîner. 
Ma grand’mère était la charité même. 
- Est-ce un pauvre? demanda-t-elle. 
- Oui, grand’maman. 
- Alors, invite-le, mon fils; il dînera à la cuisine. 
- Ah! grand’maman, il est pauvre, mais c’est un de mes amis. 
- Un ami, c’est différent; où est-il?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:56

- Il est sur le quai en train d’empiler mes hameçons. 
- Va le chercher alors; il sera le bienvenu.
Et s’adressant à la bonne:
- Virginie, ajouta-t-elle, mettez un autre couvert. 
Je ne me le fis pas dire deux fois; et Marcel Aubin effectua son 
apparition devant ma grand’mère, avec un salut des plus réjouis, 
accompagné du quatrain suivant: 
Madam’, comm’ sur la route
On a besoin d’un’ croûte,
Si ça vous déplaît pas,
J’accept’rai un p’tit repas.
Ma grand’mère connaissait Marcel.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:56

Elle aurait voulu le voir à cent lieues; mais il était trop tard. 
Le loustic était déjà installé, comme s’il eût été de la famille; et, pendant 
que nous nous tenions les côtes dans des accès de fou rire et d’admiration, il 
s’approchait de la table en ajoutant: 
Sans vouloir abuser,
C’est pour pas vous r’fuser!
Ce dîner-là ne causa d’indigestion à personne. 
C’est à peine si nous pûmes prendre une bouchée par-ci par-là, entre les 
accès de rire nerveux que soulevait à chaque instant la verve endiablée de 
Marcel Aubin qui, lui, ne perdait pas une minute. 
La cuiller, le couteau, la fourchette et la rime, tout marchait à la fois.
Pas une phrase en prose!
Une avalanche de vers.
Il me semble voir encore d’ici l’expression qu’il prenait pour nous dire:
On dit qu’la faim vient en mangeant:
J’crois plutôt qu’c’est en voyageant.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:57

Ou bien: 
Puisque vous insistez,
J’prendrai un’ tass’ de thé!
Ou bien: 
Vous, le p’tit qui riez,
Passez-moi donc l’beurrier!
Ou bien: 
Un’ p’tite ail’ de poulet,
Avec un verr’ de lait,
Ça vous flatt’ le palais;
J’en prendrai, s’il vous plaît!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:57

Ou bien encore: 
Je vous rendrai z’hommage
Pour un morceau d’ fromage!
On voit même qu’il faisait de son mieux pour éviter l’hiatus. 
À ma grand’mère qui lui offrait de la salade, il répondait: 
Non, pas d’salade,
Ni marmelade,
Ça m’rend malade!
- La bonne lui ayant présenté un verre d’eau, il s’écria, la bouche pleine, 
et sans une seconde d’hésitation: 
Non, non, pas d’zèle,
Merci, mamzelle!
Sed libera
Nos a malo!
Quand on s’noiera,
C’est pas dans l’eau?
Jugez s’il y avait moyen d’y tenir. 
Pour ma part, je me rappelle ce dîner en compagnie de Marcel Aubin 
comme un des plus gais de mon existence; et ce fut avec une véritable 
désolation que je l’entendis dire à ma grand’mère, qui lui offrait encore 
quelque chose:
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:57

Merci, Madam’, j’ai bien mangé;
J’ai pas coutum’ de m’déranger!
J’aurais voulu qu’il mangeât jusqu’au lendemain, à la condition de ne 
pas voir son escarcelle à plaisanteries s’épuiser. 
Mais mon père pouvait revenir à l’improviste; et alors il n’aurait plus 
guère été question de rire. 

  
De sorte que, à mon grand regret, je ne pus insister pour retenir notre 
hôte, lorsque, sur le seuil de la porte, avec le geste inimitable dont j’ai parlé, 
il déclama à ma grand’mère le tercet suivant en guise d’adieu: 
Merci pour votre offrande;
Vot’ politesse est grande;
Que l’bon Dieu vous la rende!
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) Originaux Et Détraqués.Marcel Aubin V   Ven 14 Juin - 7:57

Quand il fut parti, je m’adressai à mon tour à ma grand’mère: 
- Grand’ maman, ne faudrait pas... en parler à papa... 
- Qu’est-ce que ça veut dire, ça? fit-elle en me regardant avec de grands 
yeux tout ébahis; voilà - Dieu me pardonne! - le garnement qui se met à 
rimer à son tour! C’est donc contagieux?... Que ton père ne t’entende 
point!... Quant au dîner, sois tranquille, scélérat, je n’ai pas plus envie d’en 
parler que toi. 
Mais on eut beau garder le secret à la maison, il transpira au dehors. 
Marcel Aubin ne fut pas aussi discret que nous, paraît-il; et - comme les 
choses s’exagèrent toujours - mon père apprit un soir avec stupéfaction que 
le personnage qui avait le privilège de lui tomber le plus sur les nerfs avait 
en même temps celui d’être son commensal habitué, sitôt que ma 
grand’mère et moi avions nos coudées franches au domicile. 
Ma grand’mère eut beau prendre sur elle toute la responsabilité de la 
faute; elle ne savait pas mentir, et je n’évitai point la semonce que j’avais si 
bien méritée. 
Si mon père m’a pardonné sur son lit de mort, c’est bien juste tout ce 
qu’il a pu faire.
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