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 Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:53

Rappel du premier message :

IX Le Faux Fanfreluche.

Alcindor fut on ne saurait plus satisfait de la célérité
d’agir de Similor et de Giroflée ; il possédait donc ce
précieux bichon qui faisait tourner la tête à tant de jolies
femmes, ce ravissant Fanfreluche qui avait fait pâlir
l’étoile de l’abbé de V..., ce délicat et curieux animal
dont la marquise était plus fière que de son attelage de
chevaux soupe au lait, de son chasseur haut de six pieds
et demi, et de son jockey à fourrer dans la poche,
qu’elle aimait plus que ses amants, son mari et ses
enfants, plus que le whist et le reversi. Quelle allait être
la joie d’Éliante en recevant le cher petit chien dans un
corbillon doublé de soie et tout enrubanné de faveurs
roses ! Quels langoureux tours de prunelle, quels
regards assassins, quels adorables petits sourires
allaient être décochés sur l’heureux Alcindor, jusqu’au
moment, sans doute très prochain, où sonnerait l’heure
du berger si impatiemment attendue ! « Versac va en
crever de rage, car, malgré ses airs détachés, je le
soupçonne très fort d’être encore amouraché de la
comtesse Éliante et de mener une intrigue sous main
avec elle, » se dit Alcindor en faisant craquer ses doigts
en signe de jubilation.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:54

-« Venez, monsieur, c’est fait, » dit Fanchonnette.
Alcindor sortit de derrière son paravent.
Éliante était toute coiffée avec un oeil de poudre,
deux repentirs de chaque côté du col, un hérisson sur le
haut de la tête, les sept pointes bien marquées, et des
crêpés neigeux qui faisaient admirablement près de sa
fraîche figure. Des plumes blanches posées en travers
lui donnaient une physionomie agaçante et mutine.
Bref, elle était suprêmement bien.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:54

On lui mit sa robe, elle avait un panier de huit aunes
de large. La jupe était relevée de noeuds et de papillons
de diamants ; sa robe de moire, rose-paille, du ton le
plus tendre, flottait autour de sa taille de guêpe avec des
plis riches et abondants ; son corset, à demi fermé par
une échelle de rubans, laissait entrevoir des beautés
dignes des princes et des dieux ; elle n’avait d’ailleurs
ni collier ni rivière ; Éliante savait trop bien que le cou
distrairait du collier, et que chacun crierait au meurtre
pour le moindre vol fait aux yeux ; pour tout ornement,
une seule petite rose pompon naturelle s’épanouissait à
l’entrée de ce blanc paradis. Ses mules pareilles à sa
robe auraient pu servir à une Chinoise.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:54

« Duc, j’ai une place dans ma loge, dit Éliante, vous
me reconduirez, » ajouta-t-elle en souriant.
Le duc Alcindor s’inclina respectueusement ;
Éliante prit Fanfreluche-Sosie dans son manchon, et
l’on partit pour l’Opéra.
On donnait un ballet d’un chorégraphe à la mode ; la
salle était comble ; depuis les loges de clavecin
jusqu’aux bonnets d’évêque, toutes les places étaient
prises. Ce chorégraphe excellait surtout à rendre le
sentiment de l’amour par une suite de poses d’un dessin
tout à fait voluptueux, sans jamais outrager la décence.
La vivacité de cet impérieux sentiment qui soumet les
dieux et les hommes se traduisait par des pas pleins de
feu et des attitudes passionnées prises sur la nature. On
applaudissait le gracieux Batylle et la pétillante
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:54

Euphrosine comme ils le méritaient, c’est-à-dire à tout
rompre ; les vieux connaisseurs de l’orchestre avaient
beau vanter aux jeunes gens la grâce noble et les poses
majestueuses de la danseuse qui tenait auparavant le
chef d’emploi, on les traitait de radoteurs, et personne
ne voulait les écouter.
Alcindor, tout à sa conquête, ne prêtait qu’une très
légère attention à ce qui se faisait sur la scène ; Éliante
était enivrée du bonheur de posséder Fanfreluche et de
l’idée du désespoir de la marquise privée du bichon
chéri.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:54


Cependant les décorations étaient fort belles et
méritaient des spectateurs plus attentifs.
On y voyait la grotte du dieu de l’onde, avec des
madrépores, des coraux, des coquilles, des nacres de
perles imités en perfection et du plus singulier éclat ; un
palais enchanté au-dessus de tout ce que les contes de
fées renferment de plus opulent et de plus merveilleux,
des descentes avec des gloires et des vols de machines
admirablement exécutés. Mais Alcindor s’occupait
d’Éliante, et Éliante s’occupait de Fanfreluche, et aussi
un peu d’Alcindor, dont la mine et le riche habillement
l’avaient frappée particulièrement le soir.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:55

Pour le faux Fanfreluche, il faisait assez piteuse
figure ; il n’était pas accoutumé à se trouver en si bonne
compagnie, et, les deux pattes appuyées sur le devant
de la loge, il considérait tout d’un oeil effaré.
Soudain, ô coup de théâtre inattendu ! la porte d’une
loge s’ouvre avec fracas. Une dame, étincelante de
pierreries, très décolletée, avec du rouge comme une
princesse, en bel habit bien porté, se place avec deux ou
trois jeunes seigneurs : c’est la marquise. Un petit chien
sort la tête de son manchon, pose les pattes sur le
devant de la loge avec un air d’impudence digne d’un
duc et pair ; c’est Fanfreluche, le vrai, le seul inimitable
Fanfreluche.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:55

Éliante l’aperçoit, ô revers du sort ! Elle lance au
duc stupéfait un regard foudroyant ; puis, suffoquée par
l’émotion, elle se pâme et s’évanouit complètement. On
la remporte chez elle, où l’on est plus d’une heure à la
faire revenir : ni les sels d’Angleterre, ni l’eau du
Carme, ni celle de la reine de Hongrie, ni les gouttes du
général Lamothe, ni la plume brûlée et passée sous le
nez, ne peuvent la tirer de cet évanouissement, et, si la
menace de lui jeter de l’eau à la figure ne l’eût rappelée
subitement à la vie, on aurait pu la croire véritablement
morte. Alcindor est inconsolable.
Car Éliante ne veut plus le recevoir, et il se distrait
de sa douleur en bâtonnant deux fois par jour Giroflée
et Similor, que cette considération seule l’a empêché de
chasser.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:55

Cependant on prétend que quelques jours après, il a
reçu d’Éliante un petit billet ainsi conçu :
« Mon cher duc, j’ai cru que vous aviez voulu me
tromper sciemment ; j’ai su depuis que vous aviez été
vous-même la dupe de Similor et de Giroflée. Le
bichon que vous m’avez donné ne manque pas de
dispositions et ne demande qu’à être cultivé pour
éclipser Fanfreluche ; vous dansez comme un ange,
voulez-vous être son maître à danser ? Adieu,
Alcindor. »
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:55

Deux mois après, le bichon Pistache, plus jeune,
plus souple et plus gracieux, avait complètement effacé
la gloire du bichon Fanfreluche, et Alcindor avait donné
un bon coup d’épée au chevalier de Versac qui ne
voulait pas que l’on allât sur ses brisées. Versac ne se
releva pas de cet échec, et Alcindor devint décidément
l’homme à la mode.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Le Petit Chien De La Marquise.IX Le Faux Fanfreluche.   Dim 28 Juil - 12:55

Lecteur grave et morose, pardonne ce précieux
entortillage à quelqu’un qui se souvient peut-être trop
d’avoir lu Angola et le Grelot, et dont la seule
prétention a été de donner l’idée d’un style et d’une
manière tout à fait tombés dans l’oubli.

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