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 Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:27

Rappel du premier message :

Arria Marcella Souvenir de Pompei


Trois jeunes gens, trois amis qui avaient fait ensemble le voyage d'Italie,
visitaient l'année dernière le musée des Studj, à Naples, où l'on a réuni les
différents objets antiques exhumés des fouilles de Pompéi et d'Herculanum.

Ils s'étaient répandus à travers les salles et regardaient les mosaïques, les
bronzes, les fresques détachés des murs de la ville morte, selon que leur
caprice les éparpillait, et quand l'un d'eux avait fait une rencontre curieuse,
il appelait ses compagnons avec des cris de joie, au grand scandale des Anglais
taciturnes et des bourgeois posés occupés à feuilleter leur livret.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:28

L'aspect de Pompéi est des plus surprenants; ce brusque saut de dix-neuf siècles
en arrière étonne même les natures les plus prosaïques et les moins
compréhensives, deux pas vous mènent de la vie antique à la vie moderne, et du
christianisme au paganisme; aussi, lorsque les trois amis virent ces rues où les
formes d'une existence évanouie sont conservées intactes, éprouvèrent-ils,
quelque préparés qu'ils y fussent par les livres et les dessins, une impression
aussi étrange que profonde. Octavien surtout semblait frappé de stupeur et
suivait machinalement le guide d'un pas de somnambule, sans écouter la
nomenclature monotone et apprise par coeur que ce faquin débitait comme une
leçon.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:28

Il regardait d'un oeil effaré ces ornières de char creusées dans le pavage
cyclopéen des rues et qui paraissent dater d'hier tant l'empreinte en est
fraîche; ces inscriptions tracées en lettres rouges, d'un pinceau cursif, sur
les parois des murailles: affiches de spectacle, demandes de location, formules
votives, enseignes, annonces de toutes sortes, curieuses comme le serait dans
deux mille ans, pour les peuples inconnus de l'avenir, un pan de mur de Paris
retrouvé avec ses affiches et ses placards, ces maisons aux toits effondrés
laissant pénétrer d'un coup d'oeil tous ces mystères d'intérieur, tous ces
détails domestiques que négligent les historiens et dont les civilisations
emportent le secret avec elles; ces fontaines à peine taries, ce forum surpris
au milieu d'une réparation par la catastrophe, et dont les colonnes, les
architraves toutes taillées, toutes sculptées, attendent dans leur pureté
d'arête qu'on les mette en place; ces temples voués à des dieux passés à l'état
mythologique et qui alors n'avaient pas un athée; ces boutiques où ne manque que
le marchand; ces cabarets où se voit encore sur le marbre la tache circulaire
laissée par la tasse des buveurs; cette caserne aux colonnes peintes d'ocre et
de minium que les soldats ont égratignée de caricatures de combattants, et ces
doubles théâtres de drame et de chant juxtaposés, qui pourraient reprendre leurs
représentations, si la troupe qui les desservait, réduite à l'état d'argile,
n'était pas occupée, peut-être, à lutter le bondon d'un tonneau de bière ou à
boucher une fente de mur, comme la poussière d'Alexandre et de César, selon la
mélancolique réflexion d'Hamlet.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29



Fabio monta sur le thymelé du théâtre tragique tandis que Octavien et Max
grimpaient jusqu'en haut des gradins, et là il se mit à débiter avec force
gestes les morceaux de poésie qui lui venaient à la tête, au grand effroi des
lézards, qui se dispersaient en frétillant de la queue et en se tapissant dans
les fentes des assises ruinées; et quoique les vases d'airain ou de terre,
destinés à répercurer les sons, n'existassent plus, sa voix n'en résonnait pas
moins pleine et vibrante.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29

Le guide les conduisit ensuite à travers les cultures qui recouvrent les
portions de Pompéi encore ensevelies, à l'amphithéâtre, situé à l'autre
extrémité de la ville. Ils marchèrent sous ces arbres dont les racines plongent
dans les toits des édifices enterrés, en disjoignent les tuiles, en fendent les
plafonds, en disloquent les colonnes, et passèrent par ces champs où de
vulgaires légumes fructifient sur des merveilles d'art, matérielles images de
l'oubli que le temps déploie sur les plus belles choses.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29

L'amphithéâtre ne les surprit pas. Ils avaient vu celui de Vérone, plus vaste et
aussi bien conservé, et ils connaissaient la disposition de ces arènes antiques
aussi familièrement que celle des places de taureaux en Espagne, qui leur
ressemblent beaucoup, moins la solidité de la construction et la beauté des
matériaux.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29

Ils revinrent donc sur leurs pas, gagnèrent par un chemin de traverse la rue de
la Fortune, écoutant d'une oreille distraite le cicerone, qui en passant devant
chaque maison la nommait du nom qui lui a été donné lors de sa découverte,
d'après quelque particularité caractéristique: - la maison du Taureau de bronze,
la maison du Faune, la maison du Vaisseau, le temple de la Fortune, la maison de
Méléagre, la taverne de la Fortune à l'angle de la rue Consulaire, l'académie de
Musique, le Four banal, la Pharmacie, la boutique du Chirurgien, la Douane,
l'habitation des Vestales, l'auberge d'Albinus, les Thermopoles, et ainsi de
suite jusqu'à la porte qui conduit à la voie des Tombeaux.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29

Cette porte en briques, recouverte de statues, et dont les ornements ont
disparu, offre dans son arcade intérieure deux profondes rainures destinées à
laisser glisser une herse, comme un donjon du Moyen Age à qui l'on aurait cru ce
genre de défense particulier.

"Qui aurait soupçonné, dit Max à ses amis, Pompéi, la ville gréco-latine, d'une
fermeture aussi romantiquement gothique? Vous figurez-vous un chevalier romain
attardé, sonnant du cor devant cette porte pour se faire lever la herse, comme
un page du XVe siècle?
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29

- Rien n'est nouveau sous le soleil, répondit Fabio, et cet aphorisme lui-même
n'est pas neuf, puisqu'il a été formulé par Salomon.

- Peut-être y a-t-il du nouveau sous la lune! continua Octavien en souriant avec
une ironie mélancolique.

- Mon cher Octavien, dit Max, qui pendant cette petite conversation s'était
arrêté devant une inscription tracée à la rubrique sur la muraille extérieure,
veux-tu voir des combats de gladiateurs? - Voici les affiches: - Combat et
chasse pour le 5 des nones d'avril, - les mâts sont dressés, - vingt paires de
gladiateurs lutteront aux nones, - et si tu crains pour la fraîcheur de ton
teint, rassure-toi, on tendra les voiles; - à moins que tu ne préfères te rendre
à l'amphithéâtre de bonne heure, ceux-ci se couperont la gorge le matin -
matutini erunt; on n'est pas plus complaisant."
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29

En devisant de la sorte, les trois amis suivaient cette voie bordée de sépulcres
qui, dans nos sentiments modernes, serait une lugubre avenue pour une ville,
mais qui n'offrait pas les mêmes significations tristes pour les anciens, dont
les tombeaux, au lieu d'un cadavre horrible, ne contenaient qu'une pincée de
cendres, idée abstraite de la mort. L'art embellissait ces dernières demeures,
et, comme dit Goethe, le païen décorait des images de la vie les sarcophages et
les urnes.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:29

C'est ce qui faisait sans doute que Max et Fabio visitaient, avec une curiosité
allègre et une joyeuse plénitude d'existence qu'ils n'auraient pas eues dans un
cimetière chrétien, ces monuments funèbres si gaiement dorés par le soleil et
qui, placés sur le bord du chemin, semblent se rattacher encore à la vie et
n'inspirent aucune de ces froides répulsions, aucune de ces terreurs
fantastiques que font éprouver nos sépultures lugubres. Ils s'arrêtèrent devant
le tombeau de Mammia, la prêtresse publique, près duquel est poussé un arbre, un
cyprès ou un peuplier; ils s'assirent dans l'hémicycle du triclinium des repas
funéraires, riant comme des héritiers; ils lurent avec force lazzi les épitaphes
de Nevoleja, de Labeon et de la famille Arria, suivis d'Octavien, qui semblait
plus touché que ses insouciants compagnons du sort de ces trépassés de deux
mille ans.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:30

Ils arrivèrent ainsi à la villa d'Arrius Diomèdes, une des habitations les plus
considérables de Pompéi. On y monte par des degrés de briques, et lorsqu'on a
dépassé la porte flanquée de deux petites colonnes latérales, on se trouve dans
une cour semblable au patio qui fait le centre des maisons espagnoles et
moresques et que les anciens appelaient impluvium ou cavaedium; quatorze
colonnes de briques recouvertes de stuc forment, des quatre côtés, un portique
ou péristyle couvert, semblable au cloître des couvents, et sous lequel on
pouvait circuler sans craindre la pluie. Le pavé de cette cour est une mosaïque
de briques et de marbre blanc, d'un effet doux et tendre à l'oeil. Dans le
milieu, un bassin de marbre quadrilatère, qui existe encore, recevait les eaux
pluviales qui dégouttaient du toit du portique. - Cela produit un singulier
effet d'entrer ainsi dans la vie antique et de fouler avec des bottes vernies
des marbres usés par les sandales et les cothurnes des contemporains d'Auguste
et de Tibère.
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Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei
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