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 Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:27

Rappel du premier message :

Arria Marcella Souvenir de Pompei


Trois jeunes gens, trois amis qui avaient fait ensemble le voyage d'Italie,
visitaient l'année dernière le musée des Studj, à Naples, où l'on a réuni les
différents objets antiques exhumés des fouilles de Pompéi et d'Herculanum.

Ils s'étaient répandus à travers les salles et regardaient les mosaïques, les
bronzes, les fresques détachés des murs de la ville morte, selon que leur
caprice les éparpillait, et quand l'un d'eux avait fait une rencontre curieuse,
il appelait ses compagnons avec des cris de joie, au grand scandale des Anglais
taciturnes et des bourgeois posés occupés à feuilleter leur livret.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38

La pièce avait été, du reste, remise avec soin, et il fallait l'écouter
l'âme libre de tout souci, sans penser à ses dettes, ni à ses créanciers, car on
n'arrête pas au théâtre; c'était un jour heureux, il faisait beau, et les
alcyons planaient sur le forum." Puis il fit une analyse de la comédie que les
acteurs allaient représenter, avec un détail qui prouve que la surprise entrait
pour peu de chose dans le plaisir que les anciens prenaient au théâtre; il
raconta comment le vieillard Stalino, amoureux de sa belle esclave Casina, veut
la marier à son fermier Olympio, époux complaisant qu'il remplacera dans la nuit
des noces; et comment Lycostrata, la femme de Stalino, pour contrecarrer la
luxure de son vicieux mari, veut unir Casina à l'écuyer Chalinus, dans l'idée de
favoriser les amours de son fils; enfin la manière dont Stalino, mystifié, prend
un jeune esclave déguisé pour Casina, qui, reconnue libre et de naissance
ingénue, épouse le jeune maître, qu'elle aime et dont elle est aimée.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38

Le jeune Français regardait distraitement les acteurs, avec leurs masques aux
bouches de bronze, s'évertuer sur la scène; les esclaves couraient çà et là pour
simuler l'empressement; le vieillard hochait la tête et tendait ses mains
tremblantes; la matrone, le verbe haut, l'air revêche et dédaigneux, se carrait
dans son importance et querellait son mari, au grand amusement de la salle. -
Tous ces personnages entraient et sortaient par trois portes pratiquées dans le
mur du fond et communiquant au foyer des acteurs. - La maison de Stalino
occupait un coin du théâtre, et celle de son vieil ami Alcésimus lui faisait
face. Ces décorations, quoique très bien peintes, étaient plutôt représentatives
de l'idée d'un lieu que du lieu lui-même, comme les coulisses vagues du théâtre
classique.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38

Quand la pompe nuptiale conduisant la fausse Casina fit son entrée sur la scène,
un immense éclat de rire, comme celui qu'Homère attribue aux dieux, circula sur
tous les bancs de l'amphithéâtre, et des tonnerres d'applaudissements firent
vibrer les échos de l'enceinte; mais Octavien n'écoutait plus et ne regardait
plus.

Dans la travée des femmes, il venait d'apercevoir une créature d'une beauté
merveilleuse. A dater de ce moment, les charmants visages qui avaient attiré son
oeil s'éclipsèrent comme les étoiles devant Phoebé; tout s'évanouit, tout
disparut comme dans un songe; un brouillard estompa les gradins fourmillants de
monde, et la voix criarde des acteurs semblait se perdre dans un éloignement
infini.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:39

Quand la pompe nuptiale conduisant la fausse Casina fit son entrée sur la scène,
un immense éclat de rire, comme celui qu'Homère attribue aux dieux, circula sur
tous les bancs de l'amphithéâtre, et des tonnerres d'applaudissements firent
vibrer les échos de l'enceinte; mais Octavien n'écoutait plus et ne regardait
plus.

Dans la travée des femmes, il venait d'apercevoir une créature d'une beauté
merveilleuse. A dater de ce moment, les charmants visages qui avaient attiré son
oeil s'éclipsèrent comme les étoiles devant Phoebé; tout s'évanouit, tout
disparut comme dans un songe; un brouillard estompa les gradins fourmillants de
monde, et la voix criarde des acteurs semblait se perdre dans un éloignement
infini.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:39

Il avait reçu au coeur comme une commotion électrique, et il lui semblait qu'il
jaillissait des étincelles de sa poitrine lorsque le regard de cette femme se
tournait vers lui.

Elle était brune et pâle; ses cheveux ondés et crêpelés, noirs comme ceux de la
nuit, se relevaient légèrement vers les tempes à la mode grecque, et dans son
visage d'un ton mat brillaient des yeux sombres et doux, chargés d'une
indéfinissable expression de tristesse voluptueuse et d'ennui passionné; sa
bouche, dédaigneusement arquée à ses coins, protestait par l'ardeur vivace de sa
pourpre enflammée contre la blancheur tranquille du masque; son col présentait
ces belles lignes pures qu'on ne retrouve à présent que dans les statues. Ses
bras étaient nus jusqu'à l'épaule, et de la pointe de ses seins orgueilleux,
soulevant sa tunique d'un rose mauve, partaient deux plis qu'on aurait pu croire
fouillés dans le marbre par Phidias ou Cléomène.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:39

La vue de cette gorge d'un contour si correct, d'une coupe si pure, troubla
magnétiquement Octavien; il lui sembla que ces rondeurs s'adaptaient
parfaitement à l'empreinte en creux du musée de Naples, qui l'avait jeté dans
une si ardente rêverie, et une voix lui cria au fond du coeur que cette femme
était bien la femme étouffée par la cendre du Vésuve à la villa d'Arrius
Diomèdes. Par quel prodige la voyait-il vivante, assistant à la représentation
de la Casina de Plaute? Il ne chercha pas à se l'expliquer; d'ailleurs, comment
était-il là lui-même? Il accepta sa présence comme dans le rêve on admet
l'intervention de personnes mortes depuis longtemps et qui agissent pourtant
avec les apparences de la vie; d'ailleurs son émotion ne lui permettait aucun
raisonnement. Pour lui, la roue du temps était sortie de son ornière et son
désir vainqueur choisissait sa place parmi les siècles écoulés! Il se trouvait
face à face avec sa chimère, une des plus insaisissables, une chimère
rétrospective. Sa vie se remplissait d'un seul coup.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:39

En regardant cette tête si calme et si passionnée, si froide et si ardente, si
morte et si vivace, il comprit qu'il avait devant lui son premier et son dernier
amour, sa coupe d'ivresse suprême; il sentit s'évanouir comme des ombres légères
les souvenirs de toutes les femmes qu'il avait cru aimer, et son âme redevenir
vierge de toute émotion antérieure. Le passé disparut.

Cependant la belle Pompéienne, le menton appuyé sur la paume de la main, lançait
sur Octavien, tout en ayant l'air de s'occuper de la scène, le regard velouté de
ses yeux nocturnes, et ce regard lui arrivait lourd et brûlant comme un jet de
plomb fondu. Puis elle se pencha vers l'oreille d'une fille assise à son côté.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:39

La représentation s'acheva; la foule s'écoula par les vomitoires. Octavien,
dédaignant les bons offices de son guide Holconius, s'élança par la première
sortie qui s'offrit à ses pas. A peine eut-il atteint la porte, qu'une main se
posa sur son bras, et qu'une voix féminine lui dit d'un ton bas, mais de manière
à ce qu'il ne perdît pas un mot:

"Je suis Tyché Novoleja, commise aux plaisirs d'Arria Marcella, fille d'Arrius
Diomèdes. Ma maîtresse vous aime, suivez-moi."
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:40

Arria Marcella venait de monter dans sa litière portée par quatre forts esclaves
syriens nus jusqu'à la ceinture, et faisant miroiter au soleil leurs torses de
bronze. Le rideau de la litière s'entrouvrit, et une main pâle, étoilée de
bagues, fit un signe amical à Octavien, comme pour confirmer les paroles de la
suivante. Le pli de pourpre retomba, et la litière s'éloigna au pas cadencé des
esclaves.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:40

Tyché fit passer Octavien par des chemins détournés, coupant les rues en posant
légèrement le pied sur les pierres espacées qui relient les trottoirs et entre
lesquelles roulent les roues des chars, et se dirigeant à travers le dédale avec
la précision que donne la familiarité d'une ville. Octavien remarqua qu'il
franchissait des quartiers de Pompéi que les fouilles n'ont pas découverts; et
qui lui étaient en conséquence complètement inconnus. Cette circonstance étrange
parmi tant d'autres ne l'étonna pas. Il était décidé à ne s'étonner de rien.
Dans toute cette fantasmagorie archaïque, qui eût fait devenir un antiquaire fou
de bonheur, il ne voyait plus que l'oeil noir et profond d'Arria Marcella et
cette gorge superbe victorieuse des siècles, et que la destruction même a voulu
conserver.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:40

Ils arrivèrent à une porte dérobée qui s'ouvrit et se ferma aussitôt, et
Octavien se trouva dans une cour entourée de colonnes de marbre grec d'ordre
ionique peintes, jusqu'à moitié de leur hauteur, d'un jaune vif, et le chapiteau
relevé d'ornements rouges et bleus; une guirlande d'aristoloche suspendait ses
larges feuilles vertes en forme de coeur aux saillies de l'architecture comme
une arabesque naturelle, et près d'un bassin encadré de plantes, un flamant rose
se tenait debout sur une patte, fleur de plume parmi les fleurs végétales.
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