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 Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei

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MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:27

Rappel du premier message :

Arria Marcella Souvenir de Pompei


Trois jeunes gens, trois amis qui avaient fait ensemble le voyage d'Italie,
visitaient l'année dernière le musée des Studj, à Naples, où l'on a réuni les
différents objets antiques exhumés des fouilles de Pompéi et d'Herculanum.

Ils s'étaient répandus à travers les salles et regardaient les mosaïques, les
bronzes, les fresques détachés des murs de la ville morte, selon que leur
caprice les éparpillait, et quand l'un d'eux avait fait une rencontre curieuse,
il appelait ses compagnons avec des cris de joie, au grand scandale des Anglais
taciturnes et des bourgeois posés occupés à feuilleter leur livret.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:36

Pendant qu'Octavien se livrait à ces réflexions, de belles jeunes filles se
rendaient aux fontaines, soutenant du bout de leurs doigts blancs des urnes en
équilibre sur leur tête; des patriciens en toges blanches bordées de bandes de
pourpre, suivis de leur cortège de clients, se dirigeaient vers le forum. Les
acheteurs se pressaient autour des boutiques, toutes désignées par des enseignes
sculptées et peintes, et rappelant par leur petitesse et leur forme les
boutiques moresques d'Alger; au-dessus de la plupart de ces échoppes, un
glorieux phallus de terre cuite colorié et l'inscription hic habitat felicitas,
témoignaient de précautions superstitieuses contre le mauvais oeil; Octavien
remarqua même une boutique d'amulettes dont l'étalage était chargé de cornes, de
branches de corail bifurquées, et de petits Priapes en or, comme on en trouve
encore à Naples aujourd'hui, pour se préserver de la jettature, et il se dit
qu'une superstition durait plus qu'une religion.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:36


En suivant le trottoir qui borde chaque rue de Pompéi, et enlève ainsi aux
Anglais la confortabilité de cette invention, Octavien se trouva face à face
avec un beau jeune homme, de son âge à peu près, vêtu d'une tunique couleur de
safran, et drapé d'un manteau de fine laine blanche, souple comme du cachemire.
La vue d'Octavien, coiffé de l'affreux chapeau moderne, sanglé dans une mesquine
redingote noire, les jambes emprisonnées dans un pantalon, les pieds pincés par
des bottes luisantes, parut surprendre le jeune Pompéien, comme nous étonnerait,
sur le boulevard de Gand, un Ioway ou un Botocudo avec ses plumes, ses colliers
de griffes d'ours et ses tatouages baroques. Cependant, comme c'était un jeune
homme bien élevé, il n'éclata pas de rire au nez d'Octavien, et prenant en pitié
ce pauvre barbare égaré dans cette ville gréco-romaine, il lui dit d'une voix
accentuée et douce:
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:37

- Advena, salve.

Rien n'était plus naturel qu'un habitant de Pompéi, sous le règne du divin
empereur Titus, très puissant et très auguste, s'exprimât en latin, et pourtant
Octavien tressaillit en entendant cette langue morte dans une bouche vivante.
C'est alors qu'il se félicita d'avoir été fort en thème, et remporté des prix au
concours général. Le latin enseigné par l'Université lui servit en cette
occasion unique, et rappelant en lui ses souvenirs de classe, il répondit au
salut du Pompéien en style de De viris illustribus et de Selectae e profanis
d'une façon suffisamment intelligible, mais avec un accent parisien qui fit
sourire le jeune homme.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:37

"Il te sera peut-être plus facile de parler grec, dit le Pompéien; je sais aussi
cette langue, car j'ai fait mes études à Athènes.

- Je sais encore moins de grec que de latin, répondit Octavien; je suis du pays
des Gaulois, de Paris, de Lutèce.

- Je connais ce pays. Mon aïeul a fait la guerre dans les Gaules sous le grand
Jules César. Mais quel étrange costume portes-tu? Les Gaulois que j'ai vus à
Rome n'étaient pas habillés ainsi."
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:37


Octavien entreprit de faire comprendre au jeune Pompéien que vingt siècles
s'étaient écoulés depuis la conquête de la Gaule par Jules César, et que la mode
avait pu changer; mais il y perdit son latin, et à vrai dire ce n'était pas
grand-chose.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:37

"Je me nomme Rufus Holconius, et ma maison est la tienne, dit le jeune homme; à
moins que tu ne préfères la liberté de la taverne: on est bien à l'auberge
d'Albinus, près de la porte du faubourg d'Augustus Felix, et à l'hôtellerie de
Sarinus, fils de Publius, près de la deuxième tour; mais si tu veux, je te
servirai de guide dans cette ville inconnue pour toi; - tu me plais, jeune
barbare, quoique tu aies essayé de te jouer de ma crédulité en prétendant que
l'empereui Titus, qui règne aujourd'hui, était mort depuis deux mille ans, et
que le Nazaréen, dont les infâmes sectateurs, enduits de poix, ont éclairé les
jardins de Néron, trône seul en maître dans le ciel désert, d'où les grands
dieux sont tombés. - Par Pollux! ajouta-t-il en jetant les yeux sur une
inscription rouge tracée à l'angle d'une rue, tu arrives à propos, l'on donne la
Casina de Plaute, récemment remise au théâtre; c'est une curieuse et bouffonne
comédie qui t'amusera, n'en comprendrais-tu que la pantomime. Suis-moi, c'est
bientôt l'heure; je te ferai placer au banc des hôtes et des étrangers."
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38


Et Rufus Holconius se dirigea du côté du petit théâtre comique que les trois
amis avaient visité dans la journée.

Le Français et le citoyen de Pompéi prirent les rues de la Fontaine d'Abondance,
des Théâtres, longèrent le collège et le temple d'Isis, l'atelier du statuaire,
et entrèrent dans l'Odéon ou théâtre comique par un vomitoire latéral. Grâce à
la recommandation d'Holconius, Octavien fut placé près du proscenium, un endroit
qui répondrait à nos baignoires d'avant-scène. Tous les regards se tournèrent
aussitôt vers lui avec une curiosité bienveillante et un léger susurrement
courut dans l'amphithéâtre.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38

La pièce n'était pas encore commencée; Octavien en profita pour regarder la
salle. Les gradins demi circulaires, terminés de chaque côté par une magnifique
patte de lion sculptée en lave du Vésuve, partaient en s'élargissant d'un espace
vide correspondant à notre parterre, mais beaucoup plus restreint, et pavé d'une
mosaïque de marbres grecs; un gradin plus large formait, de distance en
distance, une zone distinctive, et quatre escaliers correspondant aux vomitoires
et montant de la base au sommet de l'amphithéâtre, le divisaient en cinq coins
plus larges du haut que du bas. Les spectateurs, munis de leurs billets,
consistant en petites lames d'ivoire où étaient désignés, par leurs numéros
d'ordre, la travée, le coin et le gradin, avec le titre de la pièce représentée
et le nom de son auteur, arrivaient aisément à leurs places. Les magistrats, les
nobles, les hommes mariés, les jeunes gens, les soldats, dont on voyait luire
les casques de bronze, occupaient des rangs séparés. -
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38

C'était un spectacle
admirable que ces belles toges et ces larges manteaux blancs bien drapés,
s'étalant sur les premiers gradins et contrastant avec les parures variées des
femmes, placées au-dessus, et les capes grises des gens du peuple, relégués aux
bancs supérieurs, près des colonnes qui supportent le toit, et qui laissaient
apercevoir, par leurs interstices, un ciel d'un bleu intense comme le champ
d'azur d'une panathénée; - une fine pluie d'eau, aromatisée de safran, tombait
des frises en gouttelettes imperceptibles, et parfumait l'air qu'elle
rafraîchissait. Octavien pensa aux émanations fétides qui vicient l'atmosphère
de nos théâtres, si incommodes qu'on peut les considérer comme des lieux de
torture, et il trouva que la civilisation n'avait pas beaucoup marché.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38

Le rideau, soutenu par une poutre transversale, s'abîma dans les profondeurs de
l'orchestre, les musiciens s'installèrent dans leur tribune, et le Prologue
parut vêtu grotesquement et la tête coiffée d'un masque difforme, adapté comme
un casque.

Le Prologue, après avoir salué l'assistance et demandé les applaudissements,
commença une argumentation bouffonne. "Les vieilles pièces, disait-il, étaient
comme le vin qui gagne avec les années, et la Casina, chère aux vieillards, ne
devait pas moins l'être aux jeunes gens; tous pouvaient y prendre plaisir: les
uns parce qu'ils la connaissaient, les autres parce qu'ils ne la connaissaient
pas.
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MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:38

La pièce avait été, du reste, remise avec soin, et il fallait l'écouter
l'âme libre de tout souci, sans penser à ses dettes, ni à ses créanciers, car on
n'arrête pas au théâtre; c'était un jour heureux, il faisait beau, et les
alcyons planaient sur le forum." Puis il fit une analyse de la comédie que les
acteurs allaient représenter, avec un détail qui prouve que la surprise entrait
pour peu de chose dans le plaisir que les anciens prenaient au théâtre; il
raconta comment le vieillard Stalino, amoureux de sa belle esclave Casina, veut
la marier à son fermier Olympio, époux complaisant qu'il remplacera dans la nuit
des noces; et comment Lycostrata, la femme de Stalino, pour contrecarrer la
luxure de son vicieux mari, veut unir Casina à l'écuyer Chalinus, dans l'idée de
favoriser les amours de son fils; enfin la manière dont Stalino, mystifié, prend
un jeune esclave déguisé pour Casina, qui, reconnue libre et de naissance
ingénue, épouse le jeune maître, qu'elle aime et dont elle est aimée.
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Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei
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