PLUME DE POÉSIES

Forum de poésies et de partage. Poèmes et citations par noms,Thèmes et pays. Écrivez vos Poésies et nouvelles ici. Les amoureux de la poésie sont les bienvenus.
 
AccueilPORTAILS'enregistrerConnexionPublications
Partagez | 
 

 Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10  Suivant
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:27

Rappel du premier message :

Arria Marcella Souvenir de Pompei


Trois jeunes gens, trois amis qui avaient fait ensemble le voyage d'Italie,
visitaient l'année dernière le musée des Studj, à Naples, où l'on a réuni les
différents objets antiques exhumés des fouilles de Pompéi et d'Herculanum.

Ils s'étaient répandus à travers les salles et regardaient les mosaïques, les
bronzes, les fresques détachés des murs de la ville morte, selon que leur
caprice les éparpillait, et quand l'un d'eux avait fait une rencontre curieuse,
il appelait ses compagnons avec des cris de joie, au grand scandale des Anglais
taciturnes et des bourgeois posés occupés à feuilleter leur livret.
Revenir en haut Aller en bas

AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:31

- Je ne connais pas le consul Plancus, et mon vin n'est pas mis en amphore, mais
il est vieux et coûte 10 carlins la bouteille", répondit l'hôte.

Le jour était tombé et la nuit était venue, nuit sereine et transparente, plus
claire, à coup sûr, que le plein midi de Londres; la terre avait des tons d'azur
et le ciel des reflets d'argent d'une douceur inimaginable; l'air était si
tranquille que la flamme des bougies posées sur la table n'oscillait même pas.

Un jeune garçon jouant de la flûte s'approcha de la table et se tint debout,
fixant ses yeux sur les trois convives, dans une attitude de bas-relief, et
soufflant dans son instrument aux sons doux et mélodieux, quelqu'une de ces
cantilènes populaires en mode mineur dont le charme est pénétrant.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:31


Peut-être ce garçon descendait en droite ligne du flûteur qui précédait Duilius.

"Notre repas s'arrange d'une façon assez antique, il ne nous manque que des
danseuses gaditanes et des couronnes de lierre, dit Fabio en se versant une
large rasade de vin de Falerne.

- Je me sens en veine de faire des citations latines comme un feuilleton des
Débats; il me revient des strophes d'ode, ajouta Max.

- Garde-les pour toi, s'écrièrent Octavien et Fabio, justement alarmés; rien
n'est indigeste comme le latin à table."
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:31

La conversation entre jeunes gens qui, le cigare à la bouche, le coude sur la
table, regardent un certain nombre de flacons vidés, surtout lorsque le vin est
capiteux, ne tarde pas à tourner sur les femmes. Chacun exposa son système, dont
voici à peu près le résumé.

Fabio ne faisait cas que de la beauté et de la jeunesse. Voluptueux et positif,
il ne se payait pas d'illusions et n'avait en amour aucun préjugé. Une paysanne
lui plaisait autant qu'une duchesse, pourvu qu'elle fût belle; le corps le
touchait plus que la robe; il riait beaucoup de certains de ses amis amoureux de
quelques mètres de soie et de dentelles, et disait qu'il serait plus logique
d'être épris d'un étalage de marchand de nouveautés. Ces opinions, fort
raisonnables au fond, et qu'il ne cachait pas, le faisaient passer pour un homme
excentrique.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:31

Max, moins artiste que Fabio, n'aimait, lui, que les entreprises difficiles, que
les intrigues compliquées; il cherchait des résistances à vaincre, des vertus à
séduire, et conduisait l'amour comme une partie d'échecs, avec des coups médités
longtemps, des effets suspendus, des surprises et des stratagèmes dignes de
Polybe. Dans un salon, la femme qui paraissait avoir le moins de sympathie à son
endroit, était celle qu'il choisissait pour but de ses attaques; la faire passer
de l'aversion à l'amour par des transitions habiles, était pour lui un plaisir
délicieux; s'imposer aux âmes qui le repoussaient, mater les volontés rebelles à
son ascendant, lui semblait le plus doux des triomphes. Comme certains chasseurs
qui courent les champs, les bois et les plaines par la pluie, le soleil et la
neige, avec des fatigues excessives et une ardeur que rien ne rebute, pour un
maigre gibier que les trois quarts du temps ils dédaignent de manger, Max, la
proie atteinte, ne s'en souciait plus, et se remettait en quête presque
aussitôt.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:32

Pour Octavien, il avouait que la réalité ne le séduisait guère, non qu'il fît
des rêves de collégien tout pétris de lis et de roses comme un madrigal de
Demoustier, mais il y avait autour de toute beauté trop de détails prosaïques et
rebutants; trop de pères radoteurs et décorés; de mères coquettes, portant des
fleurs naturelles dans de faux cheveux; de cousins rougeauds et méditant des
déclarations; de tantes ridicules, amoureuses de petits chiens. Une gravure à
l'aqua-tinte, d'après Horace Vernet ou Delaroche, accrochée dans la chambre
d'une femme, suffisait pour arrêter chez lui une passion naissante. Plus
poétique encore qu'amoureux, il demandait une terrasse de l'Isola-Bella, sur le
lac Majeur, par un beau clair de lune, pour encadrer un rendez-vous. Il eût
voulu enlever son amour du milieu de la vie commune et en transporter la scène
dans les étoiles. Aussi s'était-il épris tour à tour d'une passion impossible et
folle pour tous les grands types féminins conservés par l'art ou l'histoire.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:32

Comme Faust, il avait aimé Hélène, et il aurait voulu que les ondulations des
siècles apportassent jusqu'à lui une de ces sublimes personnifications des
désirs et des rêves humains, dont la forme, invisible pour les yeux vulgaires,
subsiste toujours dans l'espace et le temps. Il s'était composé un sérail idéal
avec Sémiramis, Aspasie, Cléopâtre, Diane de Poitiers, Jeanne d'Aragon.
Quelquefois aussi il aimait des statues, et un jour, en passant au Musée devant
la Vénus de Milo, il s'était écrié: "Oh! qui te rendra les bras pour m'écraser
contre ton sein de marbre!" A Rome, la vue d'une épaisse chevelure nattée
exhumée d'un tombeau antique l'avait jeté dans un bizarre délire; il avait
essayé, au moyen de deux ou trois de ces cheveux obtenus d'un gardien séduit à
prix d'or, et remis à une somnambule d'une grande puissance, d'évoquer l'ombre
et la forme de cette morte; mais le fluide conducteur s'était évaporé après tant
d'années, et l'apparition n'avait pu sortir de la nuit éternelle.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:32

Comme Fabio l'avait deviné devant la vitrine des Studj, l'empreinte recueillie
dans la cave de la villa d'Arrius Diomèdes excitait chez Octavien des élans
insensés vers un idéal rétrospectif; il tentait de sortir du temps et de la vie,
et de transposer son âme au siècle de Titus.

Max et Fabio se retirèrent dans leur chambre, et, la tête un peu alourdie par
les classiques fumées du falerne, ne tardèrent pas à s'endormir. Octavien, qui
avait souvent laissé son verre plein devant lui, ne voulant pas troubler par une
ivresse grossière l'ivresse poétique qui bouillonnait dans son cerveau, sentit à
l'agitation de ses nerfs que le sommeil ne lui viendrait pas, et sortit de
l'osteria à pas lents pour rafraîchir son front et calmer sa pensée à l'air de
la nuit.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:32

Ses pieds, sans qu'il en eût conscience, le portèrent à l'entrée par laquelle on
pénètre dans la ville morte, il déplaça la barre de bois qui la ferme et
s'engagea au hasard dans les décombres.

La lune illuminait de sa lueur blanche les maisons pâles, divisant les rues en
deux tranches de lumière argentée et d'ombre bleuâtre. Ce jour nocturne, avec
ses teintes ménagées, dissimulait la dégradation des édifices. L'on ne
remarquait pas, comme à la clarté crue du soleil, les colonnes tronquées, les
façades sillonnées de lézardes, les toits effrondrés par l'éruption; les parties
absentes se complétaient par la demi-teinte, et un rayon brusque, comme une
touche de sentiment dans l'esquisse d'un tableau, indiquait tout un ensemble
écroulé. Les génies taciturnes de la nuit semblaient avoir réparé la cité
fossile pour quelque représentation d'une vie fantastique.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:32

Quelquefois même Octavien crut voir se glisser de vagues formes humaines dans
l'ombre; mais elles s'évanouissaient dès qu'elles atteignaient la portion
éclairée. De sourds chuchotements, une rumeur indéfinie, voltigeaient dans le
silence. Notre promeneur les attribua d'abord à quelque papillonnement de ses
yeux, à quelque bourdonnement de ses oreilles, - ce pouvait être aussi un jeu
d'optique, un soupir de la brise marine, ou la fuite à travers les orties d'un
lézard ou d'une couleuvre, car tout vit dans la nature, même la mort, tout
bruit, même le silence. Cependant il éprouvait une espèce d'angoisse
involontaire, un léger frisson, qui pouvait être causé par l'air froid de la
nuit, et faisait frémir sa peau.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:32

Il retourna deux ou trois fois la tête; il ne
se sentait plus seul comme tout à l'heure dans la ville déserte. Ses camarades
avaient-ils eu la même idée que lui, et le cherchaient-ils à travers ces ruines?
Ces formes entrevues, ces bruits indistincts de pas, était-ce Max et Fabio
marchant et causant, et disparus à l'angle d'un carrefour? Cette explication
toute naturelle, Octavien comprenait à son trouble qu'elle n'était pas vraie, et
les raisonnements qu'il faisait là-dessus à part lui ne le convainquaient pas.
La solitude et l'ombre s'étaient peuplées d'êtres invisibles qu'il dérangeait;
il tombait au milieu d'un mystère, et l'on semblait attendre qu'il fût parti
pour commencer. Telles étaient les idées extravagantes qui lui traversaient la
cervelle et qui prenaient beaucoup de vraisemblance de l'heure, du lieu et de
mille détails alarmants que comprendront ceux qui se sont trouvés de nuit dans
quelque vaste ruine.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei    Dim 28 Juil - 15:33

En passant devant une maison qu'il avait remarquée pendant le jour et sur
laquelle la lune donnait en plein, il vit, dans un état d'intégrité parfaite, un
portique dont il avait cherché à rétablir l'ordonnance: quatre colonnes d'ordre
dorique cannelées jusqu'à mi-hauteur, et le fût enveloppé comme d'une draperie
pourpre d'une teinte de minium, soutenaient une cimaise coloriée d'ornements
polychromes, que le décorateur semblait avoir achevée hier; sur la paroi
latérale de la porte un molosse de Laconie, exécuté à l'encaustique et
accompagné de l'inscription sacramentelle: Cave canem, aboyait à la lune et aux
visiteurs avec une fureur peinte. Sur le seuil de mosaïque le mot Ave, en
lettres osques et latines, saluait les hôtes de ses syllabes amicales. Les murs
extérieurs, teints d'ocre et de rubrique, n'avaient pas une crevasse. La maison
s'était exhaussée d'un étage, et le toit de tuiles dentelé d'un acrotère de
bronze, projetait son profil intact sur le bleu léger du ciel où pâlissaient
quelques étoiles.
Revenir en haut Aller en bas
 
Théophile Gautier. (1811-1872) Arria Marcella Souvenir de Pompei
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 4 sur 10Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10  Suivant
 Sujets similaires
-
» Théophile Gautier (1811-1872)
» Théophile Gautier (1811-1872) SÉRÉNADE
» Théophile Gautier (1811-1872) LE POETE ET LA FOULE.
» Théophile Gautier (1811-1872) LA LUNE.
» Théophile Gautier (1811-1872) ADIEUX A LA POÉSIE.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PLUME DE POÉSIES :: POÈTES & POÉSIES INTERNATIONALES :: POÈMES FRANCAIS-
Sauter vers: