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 Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver

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MessageSujet: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:04

Rappel du premier message :

Tempête D’Hiver

La première fois que je fus parrain, dit le juge, ce fut dans une circonstance
assez extraordinaire.

Cela me reporte à plus de quarante ans en arrière. Nous étions en décembre.
Je ne sais plus trop à quel propos et par quel hasard, il devait y avoir, dans
le comté de Charlevoix, une élection pour la législature en janvier, c’est-à-
dire dans quelques semaines.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:41


Nous fîmes les choses en règle.
Le docteur officia, naturellement; et je pris au sérieux mon rôle de parrain,
assisté par une accorte et avenante marraine -la mère de la malade.
Je vous vois sourire, messieurs; vous me trouvez un peu grotesque dans ce cas
insolite. Eh bien, si vous eussiez été là, vous n’auriez pas souri.
Quand l’eau de la régénération coula sur le front de ce petit être si frêle et
si pauvre à qui, par le plus grand des hasards, nous venions peut-être de sauver
la vie à son entrée en ce monde, au fond de ce réduit si humble et si primitif, nous
songeâmes involontairement à l’étable de Bethléem; et cette impression fut si
vive pour moi, que je crus réellement entendre la voix des bergers antiques, lorsque
notre brave cocher, qui était allé finir son « train » à l’écurie, mit le pied
sur le seuil de la porte en lançant, parmi les mille voix stridentes du dehors, les
premières notes du vieux noël populaire :
Les anges dans nos campagnes.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:41

Nous nous agenouillâmes; et pour ma part -pourquoi ne l’avouerais-je pas? -
je sentis couler sur ma joue une grosse larme que je n’eus pas la moindre envie
d’essuyer furtivement.

Les choses de la religion ont, pour les croyants, de ces émotions bénies qui
remuent l’âme trop profondément pour ne pas être le mot de bien des énigmes, la
solution de bien des problèmes.

Mais la cérémonie ne devait pas se borner là.
Le voyage de Pierre à l’écurie n’avait pas eu le seul intérêt de ses chevaux
pour mobile.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:41

Sa sagacité de Normand avait flairé le contenu du panier qu’il nous avait vus
enfouir sous le siège de sa « carriole », et faisant cette réflexion judicieuse
que ce qui vaut chez le curé ne saurait démériter chez le paroissien, il en
conclut en saine logique que, le réveillon du presbytère de Saint-Tite étant
manqué, il eût été absurde de ne pas utiliser ces bonnes choses ailleurs.
Sur ce, comme ses doigts gelés avaient enfin recouvré leur circulation
normale, il avait tout simplement apporté le panier à la maison, et quand nous
nous en aperçûmes, la table était mise.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:41


On s’imagine l’explosion de gaieté qui s’ensuivit.
Tous les couplets et les refrains de Pierre y passèrent, accompagnés par le
tintement des verres et les grondements lointains de l’ouragan.
Messieurs, j’ai fêté la Noël en France, aux États-Unis et ici -chez moi et chez
d’autres. Eh bien, rien n’a pu me faire oublier, même dans l’éclat des demeures
somptueuses, des tables et des toilettes les plus brillantes, cette joyeuse
trinquée de Noël à la santé de ce fils de paysan, assoupi dans son berceau rustique, sous
le toit de cette misérable cabane de colons, isolée dans les montagnes, et secouée par
les déchaînements d’une tempête boréale.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:41

Petite Pauline Petite Pauline, petite Pauline, quoi, si jeune, si jeune encore, et déjà
désillusionnée.

Vous ne croyez plus à Santa Claus...
Ni à Croquemitaine sans doute -l’un n’allant pas sans l’autre.
Déjà blasée sur les légendes enfantines! Que sera-ce donc quand vous aurez
vingt ans, quand vous aurez entrevu tout ce que la vie réserve de déceptions
aux coeurs faits pour les naïves croyances?
Avait-elle entendu raconter la chose par son frère aîné, ou la petite coquine
l’avait-elle découverte toute seule à la Noël précédente?
Éveillée à moitié dans son petit lit tout blanc, avait-elle surpris du coin de
l’oeil, dans les vagues lueurs de la veilleuse, maman qui se glissait en
tapinois du côté de la cheminée, où les petits souliers attendaient le passage de Santa
Claus?
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:41


Je ne sais, mais toujours est-il que, pour une cause ou pour une autre, petite
Pauline ne croyait plus.
Petite Pauline, petite Pauline, prenez garde; une fois sur le chemin de
l’incrédulité, où vous arrêterez-vous?
Adieux les visions rayonnantes qui vous font sourire dans votre sommeil!
Adieu les beaux anges flottants qui vous bercent dans leurs bras, et
rafraîchissent votre front du vent de leurs grandes plumes soyeuses!
Adieu les rêves du paradis dans les enchantements des parfums roses et des
lumières odoriférantes!
Adieu les premières illusions!
Petite Pauline, petite Pauline, Dieu vous garde les autres!
Petite Pauline était une adorable fillette de cinq ans, blonde et jolie, aux
yeux doux et rêveurs, très grande pour son âge, qui lisait déjà passablement,
chantait sa petite berceuse au piano et dansait le menuet avec une grâce exquise.
Quand elle se balançait, harmonieusement cambrée, la pointe du pied en avant
et la jupe ouverte en éventail dans la pincée de ses doigts mignons, le papa
souriait, charmé, la mère admirait d’un air ravi, et « tante Lucie », folle
d’orgueil, s’emparait de petite Pauline comme d’une proie et la dévorait de caresses
jalouses.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:41


Qu’était-ce que tante Lucie?
Tante Lucie -qui, par parenthèse n’avait de tante que le nom... et les
tendresses -était restée veuve d’un homme qui l’adorait et qu’elle avait adoré,
mais dont elle n’avait jamais eu d’enfants.

Elle jouissait d’une aisance suffisante pour assurer son indépendance; mais
presque sans parenté, elle se voyait condamnée à un isolement relatif, lorsque
deux jeunes mariés -des amis de coeur pour elle et pour le regretté défunt -
l’invitèrent à passer quelque temps dans leur intérieur confortable et gai.
Quand elle voulu repartir, on n’y consentit pas.
Sa bonne nature, son esprit délicat, ses conseils toujours marqués au coin d’un
jugement solide, et enfin mille petits services rendus en avaient fait comme
l’ange bienfaisant du foyer.
Elle était devenue indispensable : elle devint partie intégrante de la famille.
Sur ces entrefaîtes, petite Pauline naquit.
Pas besoin de dire qui fut la marraine.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:42

Tante Lucie s’empara du bébé, et désormais l’enfant eut deux mères.
Le rôle de la bonne devint une sinécure. La véritable mère même n’eut plus
qu’un privilège, celui de tendre le sein.

Cette étrangère, qui n’avait jamais connu les bonheurs ni les ivresses de la
maternité, se prit à aimer cette enfant de tout l’amour vierge qui lui restait
au coeur.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:42

Son coeur pour le mari perdu, toute l’affection, tout le dévouement, toutes les
idolâtries qu’elle aurait eus pour ses propres enfants si Dieu en eût donné,
elle reporta tout sur cette ravissante tête blonde qui souriait à ses vieux jours
avec une expression d’extatique reconnaissance.

Car les enfants, de même que certains êtres privés de raison, s’ils n’ont pas
la conscience des choses au point de raisonner leurs sentiments, en ont au moins
l’instinct, et petite Pauline, sans se rendre compte, probablement, de
l’adoration dont elle était l’objet, donnait amour pour amour à sa vieille amie, et n’avait
d’yeux que pour elle.

Petite Pauline grandit à l’ombre de tante Lucie.
Et toutes deux -le bébé rose et celle qui aurait pu être son aïeule -devinrent
inséparables.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:42

La nuit, les deux lits -le petit et le grand -étaient à côté l’un de l’autre.
À table, c’était tante Lucie qui donnait la becquée à petite Pauline, laquelle
se retournait de temps à autre pour lui faire, de sa menotte aux ongles roses, une
caresse à la joue, ou lui passer comme un collier son bras autour du cou.
L’enfant suivait sa vieille camarade partout, s’asseyait auprès d’elle pour
bercer ses poupées, passait d’une pièce à l’autre en la tenant par la main,
l’entretenait de son intarissable babil, ou, pendant que s’allongeait la
broderie ou le tricot, s’amusait à fredonner des bribes de mélodie comme un rossignol sur
sa branche.
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MessageSujet: Re: Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) La Noël Au Canada.Tempête D’Hiver   Mer 12 Juin - 10:42

Si petite Pauline s’apercevait d’une absence de quelques instants, « Tante
Lucie! » s’écriait-elle tout alarmée.
Lorsqu’on s’avisait -il est toujours quelqu’un pour taquiner les enfants -de
lui dire : « Tu sais, petite Pauline, tante Lucie va s’en aller! » petite
Pauline ouvrait de grands yeux tout effarés, sa figure prenait une expression de suprême
détresse, et sa bouche, sa chère petite bouche au fin et doux sourire, se plissait
convulsivement dans l’ébauche d’un sanglot.
Il fallait vite dire : « Non, non, chérie! non, chérie, c’est pour rire! » sans
quoi la pauvrette aurait fondu en larmes.
Son front se rassénérait aussitôt, mais sa petite poitrine palpitait longtemps
encore comme celle d’un oiseau blessé.
Cependnt Noël arrivait.
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